scholarly journals L’évaluation du témoignage d’opinion pour en établir l’admissibilité : les leçons récentes du droit de la preuve

2016 ◽  
Vol 26 (3) ◽  
pp. 425-454
Author(s):  
David M. Paciocco

Depuis quelque temps, il existe une perception très connue que le taux de condamnation pour des infractions de nature sexuelle est inacceptablement bas. Les cours, frustrées par leur incapacité d’en arriver à faire ressortir la vérité quant aux allégations d’abus sexuel, particulièrement dans les cas impliquant des enfants, ont modifié le droit de la preuve dans le but d’améliorer l’accès à l’information. Ceci est particulièrement vrai dans les cas de témoignage expert. Dans plusieurs décisions importantes, la Cour suprême du Canada a accueilli des opinions émanant de travailleurs sociaux, de psychiatres, de psychologues et d’experts concernant l’abus envers les enfants. La règle de la question fondamentale s’est effondrée sous le poids de cette tendance, aussi bien que l’exclusion de permettre les experts de prévoir la preuve ayant rapport avec la crédibilité des autres témoins. A l’occasion, même le standard de qualification des experts à témoigner a été appliqué avec générosité. Aussi, les tribunaux ont, pour quelque temps, accepté la preuve fondée sur les sciences sociales sans se demander si les théories et croyances de l’« expert » étaient suffisamment fiables pour justifier leur audition, vu les risques associés à pareille preuve. La décision importante de la Cour suprême du Canada dans R. c. Mohan a établi un nouveau ton. Quoiqu’elle ait réaffirmé le déclin de la règle de la question fondamentale et ait conservé d’autres développements, la Cour suprême du Canada a mis l’emphase sur la crédibilité de la preuve fondée sur la science et les sciences sociales, particulièrement lorsque les théories sous-jacentes étaient nouvelles. Ce faisant, elle a avancé un test fondé sur la « pertinence et la nécessité » qui exige que les tribunaux se concentrent directement sur une gamme de facteurs. S’il est employé soigneusement, l’approche qu’il exige peut améliorer l’information disponible pour arriver à une adjudication sans permettre aux théories fondées sur les sciences sociales souvent discutables et non fiables, d’engendrer des condamnations injustes ou des acquittements non mérités. Cet article analyse les développements dans le droit concernant l’admissibilité de la preuve d’experts et cherche à fournir des paramètres pour l’application du test Mohan.

2006 ◽  
Vol 32 (1) ◽  
pp. 31-52
Author(s):  
Claude Lessard

Résumé Une démarche de type « evidence-based policy » implique que soient mis en place des dispositifs de compilation de la recherche existante, un concept et des indicateurs de qualité de la recherche, et une compréhension ou une interprétation de ce que la recherche « dit » ou ne « dit pas ». Dans le cas des sciences humaines et sociales, cela est loin d’être évident, non seulement à cause des médiations idéologiques, mais aussi à cause de la difficulté des consensus sur des indicateurs de qualité de la recherche et du caractère incertain et incomplet du savoir des sciences sociales. Le présent article analyse le vif débat, présentement en cours aux États-Unis, à propos de la certification des enseignants du primaire et du secondaire.


2006 ◽  
Vol 18 (2) ◽  
pp. 109-136 ◽  
Author(s):  
Caroline Caron

Cet article analyse le contenu photographique des magazines féminins pour adolescentes produits au Québec. Le corpus est constitué de 345 photographies extraites des trois titres en circulation en 2002 : Cool, Adorable et Filles d’aujourd’hui. La technique utilisée est l’analyse de contenu des médias, qui permet de produire des relevés descriptifs exhaustifs répondant aux critières de validité et de reproductibilité scientifiques. Le choix des variables de recherche s’appuie sur la théorie sémiotique, tandis que leur opérationnalisation s’inspire des récents travaux qui prennent comme objet d’investigation les représentations iconographiques de la culture populaire. Les résultats révèlent la forte teneur publicitaire des messages visuels et le conservatisme des rapports sociaux de sexe qu’ils représentent. Ils montrent aussi la productivité scientifique de la combinaison des méthodes quantitatives et qualitatives en sciences sociales.


2016 ◽  
Vol 46 (1) ◽  
pp. 105-118
Author(s):  
Antje Ziethen

Le présent article analyseLa Dot de SaraetLe Livre d’Emma, de l’écrivaine haïtienne-québécoise Marie-Célie Agnant, sous l’angle du transnationalisme, notion empruntée aux sciences sociales. Il s’agit de démontrer que le paradigme transnational y est plus qu’un simple enjeu thématique et diégétique, car il se manifeste dans la structure, la narration et la langue des deux romans. La tension entre pays d’origine et pays d’accueil, fiction et monde référentiel, expérience individuelle et collective, hors-texte et texte façonne une poétique portée par la géographie migratoire dont sont marqués les personnages et l’auteure.


2019 ◽  
Vol 59 (3) ◽  
pp. 339-363 ◽  
Author(s):  
Vincent Larivière

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la diffusion des connaissances dans les disciplines des sciences naturelles et médicales est dominée par l’anglais. Toutefois, dans les sciences sociales et humaines, on considère généralement les langues nationales comme étant beaucoup plus importantes, compte tenu de l’aspect plus localisé de leurs objets. Afin de mieux comprendre l’évolution de la place de l’anglais dans ces disciplines, cet article analyse, pour les chercheurs québécois, français et allemands, la langue de diffusion des revues et articles, l’effet de la langue sur la réception des travaux et, enfin, la relation entre le pays d’origine de la revue et l’aspect national des objets d’étude. Nos résultats montrent la montée de l’anglais pour chacun des trois pays et dans tous les domaines, et même dans les revues nationales, la plus grande visibilité des travaux en anglais, ainsi que la forte relation qui existe entre les revues nationales et les objets nationaux, particulièrement au Québec. L’article conclut avec une discussion des causes et conséquences du phénomène.


1949 ◽  
Vol 4 (3) ◽  
pp. 311-315
Author(s):  
Fernand Braudel
Keyword(s):  

Charles Morazé adore s'aventurer très en avant des lignes sagement, voire trop sagement tenues par ses confrères en histoire et en sciences sociales. Il lui faut l'ivresse des coups de main, des raids et de la solitude, car il a besoin de nous quitter pour nous surprendre ou nous irriter au retour — plus encore, pour se justifier à ses yeux de sa passion dévorante pour l'Histoire. Pour elle, n'a-t-il pas successivement trahi, hier, les mathématiques et la philosophie — qui d'ailleurs, rassurons-nous, en tireront vengeance tout au long de sa vie ?


1961 ◽  
Vol 16 (1) ◽  
pp. 136-146
Author(s):  
Robert Mandkou

Nos lecteurs connaissent les ouvrages et la vivante école de sociologie religieuse de Gabriel Le Bras : les termes mêmes de ses classifications (détachés, saisonniers, observants, dévots) sont passés dans le langage courant des sciences sociales, en même temps que leur auteur, approfondissant pendant un bon quart de siècle sa recherche, faisait progresser sa propre problématique en passant des dénombrements de la pratique à la mesure, plus difficile, de la vitalité religieuse.


2000 ◽  
Vol 55 (6) ◽  
pp. 1229-1253 ◽  
Author(s):  
Jackie Assayag
Keyword(s):  

RésuméAprès un siècle d'études, il subsiste une zone en friche dans le champ des sciences sociales de l'Asie du Sud : celle de la ou des classes moyennes. Se posent non seulement les questions de son estimation numérique et de sa recomposition depuis cent cinquante ans, mais aussi celle de sa forfaiture puisque d'aucuns la considèrent comme responsable de la fabrication de la démocratie la plus inégalitaire dans le monde. Ces questions sont abordées à partir de réflexions sociologiques, historiques et épistémologiques.


1999 ◽  
Vol 54 (5) ◽  
pp. 1137-1156 ◽  
Author(s):  
Thomas Späth
Keyword(s):  

De prime abord, elles n'ont rien de commun. Et pourtant, les quatre publications dont ici il sera question présentent, chacune à sa manière mais toutes de manière quelque peu iconoclaste, un défi aux représentations prétendument bien établies de l'histoire du principat romain. Aussi distinctes que soient leurs thématiques, les auteurs partagent un même objectif : mieux saisir la spécificité et donc la différence de Rome par rapport aux valeurs et aux modèles du politique du 19esiècle européen, qui ont largement dominé la conceptualisation de l'histoire romaine, domination peutêtre plus forte dans lesAltertumswissenschaftenallemandes qu'ailleurs.


1968 ◽  
Vol 23 (2) ◽  
pp. 233-240 ◽  
Author(s):  
Charles Morazé

La grandeur et la décadence des cités, la fécondité, les poisons de la prospérité et ses vicissitudes, les manières dont la sagesse ou la vanité transfigurent l'angoisse, ces considérations sont dans Hérodote. Et si toutes les époques n'ont pas inspiré également leurs témoins ou leurs historiens, aucune histoire ne fut valablement écrite sans que l'auteur y traite de sociétés, d'économies et psychologies. Les antécédents de nos sciences sociales sont dans ces rencontres de la philosophie avec l'histoire, la seconde servant de laboratoire à la première. Le problème posé aujourd'hui, des rapports de l'histoire avec les sciences sociales, est en réalité aussi ancien que la légitimité de chacune à exister indépendamment des autres.Si la spécialisation de toutes disciplines est tenue pour une condition de leur développement, les sciences physiques, séparées aussi de la philosophie dont la dialectique avait fourni leurs premiers concepts, sont restées solidaires entre elles grâce à leur commun recours aux mathématiques. L'essor des premières s'inscrit dans celui des secondes.


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