scholarly journals À contretemps du Nouveau roman. Réécriture et relecture dans Le jardin des Plantes de Claude Simon

Tangence ◽  
2015 ◽  
pp. 33-54
Author(s):  
Katerine Gosselin

Cet article porte sur Le jardin des Plantes (1997) de Claude Simon, plus précisément sur l’entretien qui traverse le roman entre l’écrivain S. et un journaliste venu l’interviewer dans son appartement parisien. Il est montré comment la mise en scène de cet entretien donne lieu, en même temps qu’à la réécriture de romans antérieurs, à une relecture de l’oeuvre de Stendhal, renversant la lecture néo-romanesque qu’en proposait Simon dans les années 1960 et 1970. Ce travail de relecture et le renversement qu’il opère sont appréhendés en tant qu’ils permettent à Simon de se positionner rétrospectivement par rapport à la communauté interprétative constituée autour du Nouveau roman. Il apparaît effectivement que ce positionnement concerne précisément les actes de lecture posés autrefois par le groupe des Nouveaux romanciers. Nous tentons de comprendre comment il met ainsi fondamentalement en jeu le rapport entre l’écrivain et les communautés interprétatives au sein desquelles s’affirme son oeuvre, et qui déterminent son inscription dans l’histoire de la littérature.

Author(s):  
Laura Stevenson

À une époque où les habiletés de communication font partie des compétences de base du XXIe siècle, on se rend compte que l’obsession avec le langage dans les théories littéraires des années 50 et 60 est justifiée. La communication reste le rôle principal du langage, mais le contenu de cette communication a beaucoup changé. Presque chaque romancier appartenant au mouvement du nouveau roman utilise le langage de façon très différente de celle dont nous avons l’habitude en expérimentant avec le langage, en l’étirant de tous les côtés afin de lui donner une nouvelle dimension. Il ne s’agit plus de communiquer des idées et des sentiments, mais plutôt de se pencher sur le langage lui-même, de se réinventer pour que l’écrivain puisse mettre sur papier ce qu’il ressente : des sensations, des perceptions, des soupçons.Nathalie Sarraute, par exemple, perçoit le langage dans le sens mallarméen du terme, c’est-à-dire, « essentiel », complexe et qui produit du sens. En dehors du langage elle affirme l’existence d’une substance non-verbale qu’elle appelle « l’innommé » ou le « non-nommé » et le langage sert justement de médiateur entre les sensations que l’écrivain veut exprimer et son lecteur.Avec Robbe-Grillet, Claude Simon et Michel Butor, le langage dans le roman joue un rôle important car il force le lecteur à changer sa façon de lire afin de comprendre le roman. Les jeux de mots et l’insistance sur les descriptions des objets font penser le lecteur qu’il doit absolument trouver la clé afin de comprendre l’incompréhensible.


Author(s):  
Danielle Figov ◽  
Lauren Polan-Couillard
Keyword(s):  

Le film « Aurore », réalisé en 2005 par Luc Dionne, raconte l’histoire vraie d’Aurore Gagnon qui vivait dans les années 1910 à Sainte-Philomène de Fortierville. Celle-ci vivait avec une mère magnifique ainsi qu’un père et une soeur affectueux. Malheureusement, tout a changé quand sa mère se est tombée malade de la tuberculose pendant qu’elle était enceinte d’un troisième enfant. Pendant que sa mère était à l’hôpital, son père est tombé amoureux avec sa cousine par alliance, Marie-Anne Houde. Marie-Anne et Télesphore se sont mariés peu de temps après les funérailles. La belle-mère d’Aurore commence ensuite à la terroriser, sous prétexte qu’elle était une enfant de la « luxure et du péché ». Tous les villageois étaient au courant des sévices infligés à Aurore, mais à l’époque, les gens pensaient que c’était déplacé de se mêler des affaires des autres. Le curé Leduc était également dépourvu face à la situation de la pauvre fille qui empirait. Aurore se mourait à l'intérieur. À la fin du film, quand le juge de paix a essayé de mettre fin à cette tragédie, il était déjà trop tard. Télesphore et Marie-Anne ont tous les deux été condamnés pour les crimes commis.Cette communication explorera le rôle de la religion dans ce film. Elle révélera également le rôle de la musique et de la lumière dans le film, utilisées pour susciter l’émotion. On discutera des saisons qui changent tout au long du film et de la manière dont ceci accentue les changements et la progression de l’intrigue, ainsi que le développement des personnages. Il s’agira donc de présenter la manière dont la musique, la religion, la mise en scène et le temps nous démontre la cruauté de la maltraitance des enfants par rapport aux autres thèmes présents dans le film.


2006 ◽  
Vol 25 (1) ◽  
pp. 102-125
Author(s):  
Anne-Marie Picard
Keyword(s):  

Résumé Exorcisme ou entame de la toute-puissance de la mère, la mise en scène de l'écriture du Torrent d'Anne Hébert retrace le cheminement du sujet vers une sublimation nécessaire mais impossible. Récit à renonciation paradoxale où la folie d'un enfant s'écrit, malgré tout, sur le bord incertain d'un silence mortifère hanté par le délire. L'analyse explique cette dimension rédemptrice de l'écriture qui tente en vain de se défaire de la Loi maternelle.


2006 ◽  
Vol 23 (2) ◽  
pp. 248-265
Author(s):  
Richard Giguère
Keyword(s):  
De Se ◽  

Résumé Dans les nombreuses correspondances tenues par des écrivaines et des écrivains québécois de l'entre-deux-guerres, à peu près toutes traitent de la menace de l'Index qui plane sur leurs oeuvres publiées dans des périodiques ou des livres. Le danger, la menace de censure est dirigée plus ou moins directement contre les écrivains eux-mêmes et leurs textes, contre les directeurs et les comités de rédaction des périodiques, contre les éditeurs, les jurys des prix littéraires ou les associations d'auteurs. La riche correspondance d'Alfred DesRochers avec Louis Dantin (230 lettres de 1928 à 1939) revient à plusieurs reprises sur le sujet et témoigne de la résistance opposée par les écrivains au contrôle exercé par l'Église sur l'imprimé. Une résistance passive pour certains qui font mine de se soumettre et attendent des jours meilleurs pour publier certains textes, mais une résistance active faite de ruses et de compromis calculés pour d'autres comme DesRochers et Dantin, et même une résistance qui donne lieu à quelques actes de bravade comme la publication par Jean-Charles Harvey de son roman Les demi-civilisés.


Tangence ◽  
2017 ◽  
pp. 133-148
Author(s):  
Pascal Mougin
Keyword(s):  

L’influence de Claude Simon sur les artistes contemporains est moins perceptible que celle, entre autres, de Beckett, Duras ou Robbe-Grillet. L’absence de relations directes, malgré les occasions de rencontre, entre Simon lui-même et les artistes des dernières avant-gardes du xxe siècle, explique sans doute en partie le phénomène. Reste que des échos simoniens se font entendre dans le travail de l’artiste française Marcelline Delbecq (en particulier Blackout, 2011). Les similitudes stylistiques (métalepse, flottement énonciatif et ambivalence sémiotique) et thématiques (autour de la production des simulacres) signent l’air de famille derrière l’inversion des enjeux et des effets : chez le romancier, une écriture du monde tel qu’il est, tournée vers l’énigme de la présence et de la représentation ; chez Delbecq, un dispositif de projection fictionnelle, pariant sur l’absence et la ténuité suggestive. Si le sous-texte simonien n’est pas revendiqué par l’artiste, il n’en est pas moins significatif d’une filiation culturelle dont les relais sont à rechercher, d’une manière large et diffuse, dans la réception du Nouveau roman par le minimalisme américain des années 1960, et, d’une manière plus étroite et spécifique, dans une double lecture de Merleau-Ponty, ascendant commun expliquant aussi bien la proximité que les différences entre Delbecq et Simon.


2016 ◽  
Author(s):  
Octave Debary

Le peu, l’altéré, le n’importe quoi, le rien… que contiennent tous ces restes ? Au bord de l’oubli comme de la disparition, les restes sont souvent marqués par la disqualification sociale, par le rejet ou la mise au ban de la société (Douglas 1966). C’est au passage de ces seuils que l’anthropologie tente de comprendre leur valeur. Marcel Mauss (1931) en fera une règle heuristique en invitant les ethnographes à collecter les objets déchus, tous révélateurs de la richesse d’un temps quotidien, ordinaire, en train de passer. On peut regarder une société à partir de ce qu’elle dévalorise et rejette, s’attacher davantage à «une boîte de conserve qu’à son bijou le plus somptueux » ; « en fouillant un tas d’ordures, on peut comprendre toute la vie d’une société » (8-9). L’anthropologie s’est toujours intéressée aux objets, faisant de leur collecte, de leur conservation et de leur exposition un complément à son discours. Elle s’est ainsi exposée à travers les vitrines de ses musées, véritables théâtres d’objets et de mise en scène des cultures. A la fin du XXe siècle, cet intérêt pour la culture matérielle s’est prolongé par le développement des Material Culture Studies, Museum Studies puis par l’anthropologie des sciences et des techniques. Mais l’objet comme reste, objet de l’entre-deux, incertain et instable, n’est pas devenu un thème de prédilection de la discipline. Les penseurs qui l’ont abordé se trouvent à ses marges, comme Pierre Sansot (2009) ou Giorgio Agamben (1999), voire dans l’indiscipline, comme Georges Bataille (1949). Le premier voit dans les petits restes du quotidien (reliefs d’un repas, objets de son enfance ou de vide-greniers…), autant d’inachèvements qui marquent notre finitude et qu’il convient de célébrer. Le second fait du reste une part inaliénable de la condition humaine et de la possibilité d’en témoigner –même après Auschwitz. Quant à Bataille, il fait de la destruction (glorieuse ou catastrophique) des surplus de richesses d’une société (ses restes non consommés, sa part maudite ou sacrée) la condition de son unité. L’anthropologie, elle, se tourne davantage vers l’analyse des différentes formes de requalification des restes. Elle étudie la manière dont un collectif reconduit leur existence en suivant leur trajectoire, leur carrière ou leur biographie. Comment, par différentes opérations de requalification sociale, ils retrouvent une nouvelle valeur, un nouvel avenir, une alternative à leur perte. De la poubelle au musée, ces différents arts d’accommoder les restes ont donné lieu à des recherches consacrées aux déchets (Thompson 1979 ; Rathje, Murphy 1992). Au début des années 1970, l’anthropologue William Rathje développe le Garbage Project à Tucson (Arizona) avant de l’étendre à d’autres villes américaines pendant plus de 20 ans. En s’appuyant sur la valeur biographique et archivistique des déchets, il montre que leur étude permet de comprendre les modes de vie des consommateurs. Dans cette économie du rejet quotidien, les poubelles comme les décharges sont traitées comme des « lieux de mémoire » propices à une archéologie du social. Ces recherches ont été menées en allant recueillir directement les sacs d’ordures chez les gens ou en fouillant des décharges. Leur étude (classement, inventaire) vise à comprendre l’articulation entre ce qui est rejeté et les représentations des pratiques de consommation. On trouve également des études qui portent sur les objets de seconde main (Gregson, Crewe 2003 ; Gabel et al. 2012), l’art, le patrimoine, la mémoire ou les musées (Kirshenblatt-Gimblett 1998). Ces analyses insistent sur la notion de valeur comme sur celle de temps : la valeur des restes vient de leur traversée de l’histoire. Une anthropologie des restes permet ainsi de comprendre comment une société traite de son histoire à travers les usages qu’elle réserve à ce qui résiste à la disparition. Le reste renvoie l’identité à son autre en traçant les frontières de ce qui ne relève pas ou plus d’elle. Il soumet l’identité au traitement de son altération. En dépérissant, il énonce le temps qui passe. La question de la discontinuité historique, des différents « régimes d’historicité » (Hartog 2003), peut être abordée au regard du sort réservé aux restes. Ils engagent différentes formes de retraitement ou de recyclage culturel de l’histoire. Au-delà d’une dimension écologique, l’enjeu de ces requalifications s’ouvre à un projet d’anthropologie générale. A partir de l’usage de ces restes, on cherche à comprendre ce qu’en font les communautés qui les conservent (Godelier 1997), les requalifient ou parfois les détruisent. Restes sacrés (de dieux, de choses ou d’hommes) dont les modalités d’existence et de transmission permettent de témoigner d’une culture. Témoignages d'identités, d'humanités, à travers lesquels une société vient rendre compte de son histoire, lui rendre un compte. Signant et signifiant ses peines, comme ses joies, face à la perte de son propre référent : le temps qui passe.


Author(s):  
André Daviault

La vis comica de Plaute, traduite et mise en scène par Jean-Pierre Ronfard, est une adaptation originale du Curculio (Le charançon) de Plaute. Au lieu de se limiter à la simple représentation d’une comédie, Ronfard veut aussi expliquer le génie comique du poète latin dans le cadre inusité d’un spectacle triptyque : d’abord la présentation en format réduit d’une comédie latine, ensuite l’adaptation proprement dite du Curculio, et enfin, en guise d’épilogue, une scène du Miles Gloriosus (Le soldat fanfaron). Abstraction faite du cadre, l’examen des textes montre que, si l’adaptation est généralement fidèle, les libertés prises dans la traduction demeurent très plautiniennes.


2016 ◽  
Vol 40 (1) ◽  
pp. 153-172
Author(s):  
Madeleine Pastinelli ◽  
Caroline Déry

Les possibilités de communication anonyme permises par les nouvelles technologies amènent des personnes qui ont en commun des pratiques ou des expériences qui les stigmatisent à se retrouver à l’abri des regards pour échanger entre elles et former des communautés en ligne. Ce faisant, elles se réapproprient leur expérience dans un langage choisi qui leur permet de redonner sens à des identités et des pratiques marginales ou considérées comme déviantes ou pensées comme relevant de la pathologie par le discours médical. L’enquête que nous avons menée dans une communauté en ligne de personnes trans éclaire la manière dont la fréquentation de celle-ci permet à ces personnes de se (re)connaître dans leur expérience particulière du corps et du genre et de faire sens de cette expérience. La volonté communément partagée par ces personnes de penser autrement leur expérience donne lieu à la rencontre d’une multitude de conceptions différentes, et parfois incompatibles entre elles, de l’identité de genre et de l’expérience trans. L’analyse se penche plus particulièrement sur la régulation du discours et des échanges qui est faite par les modérateurs dans ce contexte et sur le type de consensus qu’elle rend possible.


Tangence ◽  
2005 ◽  
pp. 123-137 ◽  
Author(s):  
Isaac Bazié

Résumé Le roman francophone peut se lire comme un discours tantôt dichotomique et tantôt éclaté, et s’il met en scène des problèmes d’ordre autant esthétique qu’éthique, il peut aussi bien être l’objet de sa propre mise en scène. Cet article propose une lecture du roman africain qui cherche à penser ensemble écriture et représentation du corps. À partir de l’allégorie du corps prisonnier dans Le vieux nègre et la médaille de Ferdinand Oyono, il s’agit de lire une posture d’énonciation qui s’apparente à une prise de conscience susceptible de s’ouvrir sur une appropriation créatrice de nouvelles manières de (se) dire. Cette lecture critique des enjeux du texte romanesque, qui s’intéresse notamment à des notions comme celles de « corps figuré » et, par suite, « figurant », s’attarde aux modèles de lecture des écritures francophones, de manière à dégager un lieu qui soit le support d’un discours romanesque transculturel et éclaté.


2020 ◽  
Vol 9 (2) ◽  
pp. 69
Author(s):  
Audrey Debibakas
Keyword(s):  
De Re ◽  
De Se ◽  

<em>La Traite</em> est proprement un "parler indicible" et ne donne lieu à aucun récit. C’est donc sur ce fond d’absence de mythe et d’épopées que s’inscrit <em>La Case du commandeur</em>, d’Edouard Glissant. Le roman tente de retranscrire la complexité de la remontée généalogique et mémorielle à travers une quête des origines à rebours. Il insiste sur la dimension lacunaire fragmentée de l’histoire en mettant en avant une pensée du vide et de l’indicible, notamment dans la section centrale « le Trou du temps ». Cependant, loin de se focaliser sur l’exil et le déracinement, le romanpermet l’instauration d’un « lieu <em>digénique</em> » c’est-à-dire d’un nouveau lieu narratif: il s’agit d’une dématérialisation de l’espace spatio-temporel. En effet, le roman propose des espaces de (re)création en s’éloignant de toute recherche chronologique et en prônant les possibilités narratives qui naissent de l’instauration de lieux alternatifs. L’écriture achemine les personnages vers des "solutions" narratives ouvertes, échappatoires de l’enfermement et de l’ignorance. Le "non-monde" initial laisse la place à l’émergence. C’est à partir de ces lieux narratifs dématérialisés – entre les vivants et les morts, entre le passé et le présent – dans ces interstices, que les personnages peuvent se "ré-ancrer" à une collectivité qui possède son propre passé et son propre système de représentation historique. Cet espace dématérialisé devient un moyen par lequel la narration transgresse ses frontières textuelles. A ce titre la narration dans <em>La Case du commandeur</em> devient un espace interstitiel grâce auquel le roman parvient malgré tout à décrire des invisibles et des indicibles de la mémoire. Non contente d’en décrire la vacance, le roman transforme la béance historique et mémorielle en atout littéraire et poétique.


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