scholarly journals Un bagage linguistique diversifié comme capital humain : esquisse d’un (nouveau) rapport aux langues en Acadie

2015 ◽  
Vol 44 (2) ◽  
pp. 7-34 ◽  
Author(s):  
Laurence Arrighi

Au Canada, les instances gouvernementales et associatives produisent un discours sur les questions linguistiques qui est adapté aux nouveaux modes de production et de gouvernance, façonnés par les transformations économiques, politiques et sociales contemporaines. Au sein des communautés francophones minoritaires, l’accent est mis sur les langues comme capital et outil de développement économique. Tenir les habiletés langagières de ces communautés comme un atout fait partie intégrante de l’« espace discursif francophone » contemporain (Heller et Labrie, 2003). Dans cet article, je montre comment les transformations sociales et discursives se manifestent et alimentent les prises de parole et de position des individus. Plus précisément, j’explore le pendant individuel du discours sur la rentabilisation du capital linguistique comme outil de développement personnel. Je propose essentiellement d’illustrer, dans des prises de parole d’Acadiens, l’une des caractéristiques majeures de la modernité avancée, en l’occurrence l’application des principes et des valeurs du néolibéralisme à la vie sociale et personnelle des individus.

2005 ◽  
Vol 13 (3) ◽  
pp. 309-342 ◽  
Author(s):  
Paul R. Bélanger ◽  
Louis Maheu

La mobilisation politique des populations étudiantes n'est pas en soi un phénomène vraiment contemporain. Certaines études ont déjà établi que des groupes étudiants ont participé à des mouvements politiques à diverses époques de l'histoire. Par contre, la pratique politique étudiante, ces dernières années, s'est amplifiée en même temps qu'elle se caractérisait par des traits plus spécifiques et particuliers à cette population. Aussi a-t-on vu croître, en sociologie, un intérêt nouveau pour l'analyse de ces phénomènes. Les études consacrées à ce sujet se multiplient de même que les schémas d'analyse se diversifient. Pour l'étude de la pratique politique étudiante québécoise contemporaine, nous avons, pour notre part, opté pour une grille d'analyse qui n'enferme pas l'étudiant, comme agent politique, dans le système d'enseignement supérieur. Sa mobilisation politique ne nous semble pas, au premier chef, être fonction de sous-cultures étudiantes plus ou moins contestataires et typiques des milieux universitaires ou des seules difficultés de fonctionnement des systèmes universitaires. Encore moins sommes-nous portés à penser que la marginalité sociale de la jeunesse étudiante est un facteur déterminant de politisation : « camper hors de la nation » ou de la société n'est pas de nature à susciter la mobilisation politique. Au contraire, notre analyse ne produit une définition de l'étudiant comme agent politique qu'au moyen de déterminations structurelles qui conditionnent, provoquent et organisent la pratique politique étudiante qui vise elle-même à modifier le cadre sociétal où elle émerge. Au nombre des principales caractéristiques de la période des années '60 dans l'histoire du Québec, il nous faut retenir la politisation des problèmes de fonctionnement de l'appareil scolaire québécois : les rapports entretenus par cet appareil avec d'autres structures de la société, le système de production économique par exemple, devenaient l'enjeu de luttes et de rapports politiques. L'État et les diverses couches sociales qui appuyaient ses politiques d'intervention auprès de l'appareil scolaire rencontraient l'hostilité et l'opposition plus ou moins soutenues d'autres couches sociales qui appréciaient différemment les politiques de l'État en ce domaine. Avec l'adoption du bill 60 qui créait, en 1963, le Ministère de l'éducation du Québec, le parti au pouvoir imposa une restructuration de l'appareil scolaire qui impliquait une responsabilité plus nette et ferme accordée à l'État et la mise en place d'organes officiels de consultation, comme le Conseil supérieur de l'éducation, où l'Église était loin de conserver une fonction prépondérante. Le législateur devait même consulter, au moment de la formation du premier Conseil supérieur de l'éducation, de multiples associations qui n'avaient pu auparavant s'imposer comme interlocuteurs dans un secteur contrôlé par l'Église. Parmi celles-ci, notons les associations d'enseignants; les associations d'administrateurs dans le domaine scolaire; les associations de parents et parents-maîtres; les associations syndicales; et diverses associations d'affaires. Puis finalement, le législateur dut consentir, après que des représentations eurent été faites dans ce sens, à prendre aussi l'avis d'associations étudiantes et d'associations de professeurs et d'administrateurs universitaires. On a pu également observer, dans le processus de régionalisation de commissions scolaires, que même au niveau local et régional, les agents qui contrôlaient traditionnellement l'appareil scolaire pouvaient voir leur position sociale remise en cause. Bref, la politisation des problèmes d'éducation a modifié les rapports de force entre les divers groupes sociaux qui se préoccupaient des politiques d'intervention de l'État auprès de l'appareil scolaire. L'État devait aussi se lancer, au cours des années '60, dans des transformations importantes des structures académiques et du contenu des programmes d'enseignement. Ces mutations de structures et de programmes académiques visaient essentiellement à reprendre le retard que connaissait le Québec, par rapport aux principales provinces canadiennes, et notamment l'Ontario et la Colombie-Britannique, dans le développement de son appareil scolaire. On attribuait à ce retard les problèmes de développement économique du Québec qui se manifestaient par un revenu moyen inférieur à celui des provinces canadiennes riches et par une productivité industrielle, en général, plus faible. La main-d’œuvre québécoise ne présentait pas des standards de qualification très élevés, ni des niveaux d'instruction jugés satisfaisants. Aussi, l'intervention de l'État auprès de l'appareil scolaire québécois avait-elle un sens bien précis : elle concernait la préparation et la modernisation d'une main-d’œuvre professionnelle au moyen de transformations apportées aux structures et au contenu de l'enseignement. Afin d'assurer une plus grande adaptation de l'appareil scolaire aux exigences de développement de la société, l'État misait essentiellement sur le « capital humain » et le perfectionnement des « ressources humaines » comme facteur de production. Ainsi cette intervention s'est accompagnée d'une augmentation considérable des investissements en éducation. Les dépenses totales d'enseignement au Québec qui étaient, à la fin des années '50, de l'ordre de $300,000,000, passaient en 1963 à $719,319,000 ; elles ont donc plus que doublé sur une période de cinq ans. Les dépenses du Ministère de l'éducation sont passées de près de $200,000,000 en 1960-61 à près de $710,000,000 en 1967-68, puis à $1,100,114,000 en 1970-71 ; sur une période de dix ans, ces dépenses ont été multipliées à peu près par dix. Ces hausses représentent des taux d'augmentation annuelle qui sont légèrement supérieurs à l'augmentation annuelle des dépenses du gouvernement du Québec; ainsi, la proportion du budget total consacrée à l'enseignement est passée de 23% en 1959 à 32% en 1964, puis à 34.7% en 1969. Il faut encore souligner que cette intervention de l'État auprès de l'appareil scolaire s'est accompagné d'un discours idéologique de circonstance. L'État, au moyen de slogans tels « Qui s'instruit s'enrichit », devait expliquer à la population combien l'éducation était le moyen par excellence de la promotion collective de la communauté canadienne-française. Le Québec était invité à joindre les sociétés industrielles avancées qui valorisaient, comme politique de croissance et de progrès, le développement et le perfectionnement continus des «ressources humaines».


2019 ◽  
pp. 117-121
Author(s):  
Didier Roult

L'hydroélectricité reste la plus importante des énergies renouvelables. Ses apports au système énergétique sont indéniables. Offrant à la fois la possibilité de stockage à différentes échelles de temps (de l'heure à l'année), une grande flexibilité et permettant de répondre aux besoins de services systèmes, l'hydroélectricité joue un rôle essentiel dans la transition énergétique. L'hydroélectricité participe largement au développement économique des territoires. L'usage multiple de l'eau (eau potable, irrigation, soutien d'étiage, navigation) est devenu la règle. Au-delà de la production énergétique, elle est au centre des enjeux liés à la gestion des ressources en eau et au développement des territoires. Mais, dans un contexte énergétique en pleine mutation, l'hydroélectricité doit s'adapter. La question environnementale reste une priorité, avec notamment de nombreuses solutions à apporter sur la continuité piscicole, reposant sur des actions de recherche et d'innovation importantes. De nouvelles technologies sont testées, telles que le couplage énergie photovoltaïque/ STEP, l'installation d'hydroliennes fluviales, et un nouveau regard est porté sur l'énergie des marées. Ce document présente une synthèse de la conférence internationale HydroES 2019 ≪ Quel avenir voulons-nous pour l'hydroélectricité en France et en Europe ? », organisée par la SHF et accueillie par INP ENSE3 à Grenoble, les 29 et 30 janvier 2019.


1957 ◽  
Vol 12 (2) ◽  
pp. 243-257 ◽  
Author(s):  
Rondo E. Cameron

L'angletebre a le Plus Contribué au développement économique du monde du XIXe siècle. Avant 1850 en particulier, les Anglais ont aidé à la mise en place de l'industrie moderne chez leurs voisins du Continent, y compris la France. Mais, à partir de 1850, l'Angleterre se tourne de plus en plus vers les espaces d'outre-mer, laissant aux autres Européens la tâche d'assurer leur propre salut. Si l'on prend le XIXe siècle comme un tout, le pays qui a le plus contribué au développement économique de l'Europe, c'est la France. En ce qui concerne les exportations de capitaux, par exemple, les investissements britanniques en Europe (y compris l'Empire Ottoman et l'Egypte) ont atteint leur sommet (environ un demi-milliard de livres, soit 12 1/2 milliards de francs-or) en 1873, pour décliner ensuite fortement jusqu'à moins de 300 millions de livres (ou sept milliards de francs) en 1914 : à cette époque, ils représentent seulement 7 1/2% des investissements britanniques à l'extérieur. Les Français, vers 1870, ont investi en Europe au moins autant que les Anglais et cet effort n'a fait que croître, pour atteindre un total de 30 milliards de francs en 1914.


1954 ◽  
Vol 9 (4) ◽  
pp. 517-518
Author(s):  
Pierre Chaunu

Une école d'historiens hispano-américains s'est efforcée, ces années dernières, de rendre justice à un passé colonial, sommairement condamné, bien souvent par une historiographie éloignée des sources. Elle s'est appliquée, non sans courage, à lutter contre une attitude dictée par un sentiment profond : l'hostilité à l'égard des anciennes métropoles. Cette hostilité, il est vrai, issue des longues guerres de l'Indépendance, plus encore que de trois siècles de domination coloniale, va, aujourd'hui, en s'estompant.L'oeuvre de Sergio Bagú n'appartient pas à ce courant, qui n'a pas encore réussi à déborder beaucoup le cadre du Mexique. On devine l'auteur, bien qu'il évite de le trop laisser paraître, avant tout soucieux d'expliquer le retard du développement économique de l'Amérique latine, par rapport à l'Amérique anglo-saxonne, obsédant terme de référence.


1985 ◽  
Vol 40 (3) ◽  
pp. 579-603 ◽  
Author(s):  
Giorgio Fuà

Depuis plusieurs années, un groupe d'économistes — surtout, mais pas exclusivement, italiens et espagnols — se consacre à l'étude des problèmes spécifiques des pays européens qui ont connu un développement économique récent. La rédaction des Annales m'ayant invité à présenter les résultats de ces travaux, je ne proposerai pas ici une synthèse générale, qui n'aurait pas grand intérêt, mais m'attacherai plutôt à deux thèmes :a. J'indiquerai tout d'abord les caractéristiques particulières qui distinguent les pays européens dont le développement est plus récent (désignés désormais par le sigle PDR) de ceux dont le développement est plus ancien (PDA), et les facteurs qui rendent compte de ces différences.b. Je prendrai en second lieu un exemple particulier, qui démontre comment une zone qui fait partie des PDR peut trouver une voie de développement qui lui convient : il s'agit de l'industrialisation de l'Italie du Nord-Est et du Centre («modèle NEC »).


1978 ◽  
Vol 33 (2) ◽  
pp. 389-407
Author(s):  
Iván T. Berend ◽  
György Ránki

Nous n'avons pas cherché à présenter ici un tableau d'ensemble du développement économique entre les deux guerres mondiales, mais à poser quelques questions théoriques encore peu élaborées, et dont l'étude peut permettre de mieux comprendre l'histoire économique de cette période.Pendant tout l'entre-deux-guerres, l'exportation agricole croissante des territoires américains, accompagnée d'une stagnation de la consommation ouesteuropéenne, détermina de sérieuses fluctuations des prix agricoles d'abord, puis une crise agricole. Les réactions furent cependant très diverses selon les pays ou les régions.Les pays de l'europe occidentale, en majorité importateurs de produits agricoles, purent s'assurer un développement sensible grâce à la défense de leurs marchés intérieurs et à l'encouragement donné à la production nationale.


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