scholarly journals Parodier et satiriser l’histoire par la bande dessinée, la caricature et la chronique humoristique

2015 ◽  
Vol 56 (1) ◽  
pp. 53-83
Author(s):  
Julie-Anne Godin-Laverdière ◽  
Myriam Barriault-Fortin

Cet article analyse des planches d’une bande dessinée (Le rêve de Charlot), des caricatures et des chroniques publiées dans La Presse par Albéric Bourgeois entre 1905 et 1957. En tenant compte des théories sur la parodie et la satire de Linda Hutcheon, Sophie Duval et Marc Martinez, nous verrons que ces oeuvres présentent une relecture parodique, parfois critique, d’événements fondateurs tels que la découverte de l’Amérique et l’implantation de la colonie de la Nouvelle-France. Il sera aussi possible de constater que ces dessins et chroniques permettent à Bourgeois de pasticher et de commenter le rôle de l’historien et la discipline de l’histoire. Pour ce faire, Bourgeois use notamment de l’humour et de la parodie, tout en ponctuant ses oeuvres d’anachronismes et de réflexions satiriques.

2017 ◽  
Vol 40 (1) ◽  
pp. 67-90
Author(s):  
Ambra Moroncini

This article considers Annibal Caro’s religious sentiments during the years of his most intense comic and paradoxical production: the pre-Tridentine period from 1536 to 1543, a time of tense expectation in Rome for significant Church reform. Although Caro’s religious beliefs never raised suspicions of heterodoxy, we shall see that both his paradoxical prose in Berni’s style, and his only comedy (which he conceived at the request of the Duke Pier Luigi Farnese but was never authorised by Caro to be represented or published in his lifetime), show that Erasmian influences and suggestions from Boccaccio and Aretino allowed him to safely engage in a discourse of religious dissent. Cet article analyse la position religieuse du lettré Annibal Caro durant les années de sa plus intense activité comique-burlesque : la période pré-tridentine de 1536 à 1543, où il composa des proses paradoxales à la manière de Berni, et son unique comédie, conçue à la demande du duc Pier Luigi Farnèse. Caro n’autorisa pas, de son vivant, la représentation de celle-ci, et la comédie ne fut publiée que de manière posthume. Nous verrons que, bien que les sentiments religieux de Caro n’aient jamais suscité de soupçons d’hétérodoxie, ce furent des influences érasmiennes, ainsi que des suggestions venues de Boccace et de l’Arétin, qui lui permirent d’élaborer un style discursif masquant sa polémique contre les faiblesses morales de l’Église.


Author(s):  
Karine Chevalier

Cet article analyse comment le cinéma représente les gueules cassées en relation avec les autres médias (actualités, photographie, littérature, peinture, bande dessinée). À partir de la distinction de Levinas entre « la face » et « le visage », l’auteure questionne le recours au camouflage. Les blessures de guerre sont ainsi cachées par une esthétique du masque, telle que la surimpression, qui permet selon une approche éthique ambivalente de révéler le « visage » au-delà de la défiguration.


2020 ◽  
Vol 2 (7) ◽  
pp. 10-31
Author(s):  
Philippe Paolucci
Keyword(s):  

On sait que la lecture d’une BD papier implique un dialogue entre le tabulaire et le linéaire. Alors que la première de ces deux notions renvoie à la spatialisation des images dans le cadre de la page, la seconde désigne la succession syntagmatique des vignettes, c’est-à-dire l’enchaînement consécutif des actions représentées. Le lecteur d’une BD papier oscille ainsi entre une saisie globale/tabulaire de la page, et un déchiffrement linéaire, case à case, du récit. L’objectif de cet article est d’analyser ce qu’il advient du couple linéaire/tabulaire sur support numérique. Notre hypothèse est la suivante : le numérique tend à minorer la tabularité du médium au profit d’une appréhension linéaire du récit. À partir d’une analyse d’ordre sémiologique, centrée sur la distribution des vignettes à l’écran, nous verrons que ce processus de linéarisation permet de distinguer deux grands paradigmes formels : d’une part les scroll-comics, soit les BD à défilement vertical ou horizontal ; d’autre part les BD-diaporamas, lesquelles reposent sur un mode de lecture exclusivement fondé sur le clic. Cela fait, nous montrerons que ces deux paradigmes accueillent en leur sein une grande diversité d’œuvres dissemblables quant à la forme (planches à dérouler usuellement réunies sous l’appellation « BD numérisées », case à case, turbomédia, etc.). Nous décrirons alors comment chacune de ces formes (6 au total : 3 pour les scroll-comics ; 3 pour les BD-diaporamas) privilégie le linéaire au tabulaire et redéfinit, par conséquent, les postures lecturales/interprétatives d’ordinaire associées au neuvième art.


2018 ◽  
Vol 15 (1) ◽  
pp. 94-104
Author(s):  
François Duclos
Keyword(s):  

La représentation du temps dans la littérature propose souvent des innovations quant à sa conception, influencées par la progression des théories scientifiques. Cette représentation prend une forme bien spécifique dans le médium de la bande dessinée. Dans cet article, nous nous intéresserons à la manière dont la temporalité est représentée dans le roman graphique From Hell d’Alan Moore et Eddie Campbell. Nous verrons qu’à travers cette réécriture du mythe de Jack l’Éventreur, les auteurs proposent aux lecteurs une conception simultanée du temps. La bande dessinée est-elle un espace privilégié pour faire éclater les frontières entre passé, présent et futur ?


Author(s):  
Eva Nada ◽  
Kevin Toffel

De tous les moyens d’expression possibles, les doctorant·e·s mobilisent notamment la bande dessinée comme support à la critique de leur condition. Pour comprendre le recours à la BD et la manière dont celle-ci est investie par les jeunes chercheur·e·s, nous interrogeons les éléments qui les conduisent à se tourner vers ce médium pour mettre en scène leur quotidien. Dans cet article, nous montrons que ce choix est lié, d’une part, à leur position relativement invisibilisée dans le champ académique, qui inciterait certain·e·s d’entre eux et elles à se tourner vers la BD pour exprimer une critique de leur condition et, d’autre part, aux procédés sémiotiques propres à la BD qui permettent de dire des choses que n’autorise pas l’écriture académique. Nous verrons par ailleurs que si le choix de ce mode d’expression non académique peut accentuer la délégitimation d’une fraction déjà dominée d’un champ hautement stratifié, la BD s’avère toutefois être un vecteur de communication qui permet de produire une connaissance critique sur cet univers.


2018 ◽  
Vol 43 (2) ◽  
pp. 95-111
Author(s):  
CARMÉLIE JACOB

En 2014, Zviane publie à compte d’auteure Ping-Pong, un essai introspectif abordant les maillages entre les différentes pratiques artistiques. Une fois le tirage épuisé, les éditions Pow Pow proposent de rééditer l’essai, mais le format de la maison, plus large que celui de la bande dessinée originale, pose problème. Pour occuper l’espace laissé en trop sur chaque page, l’auteure choisit de commenter sa bande dessinée en plus d’inviter d’autres artistes québécois et français à faire de même, créant ainsi un « dialogue entre [elle] en 2014 et [elle] en 2015 », en plus d’un « espace commun de réflexion où tout le monde se renvoie la balle » (p. 8 et rabat). Cette pratique met en lumière la difficulté de maintenir une cohérence avec soi-même dans la pratique de l’essai, qui, comme l’observe Pascal Riendeau, « exprime une pensée et déploie une subjectivité, mais […] une pensée en mouvement, qui ne craint pas l’incomplétude » (Méditation et vision de l’essai, 2012, p. 11). L’autoréflexion et la remise en question, amenées par le dialogue avec les autres et les effets du passage du temps sur sa propre pensée, sont ainsi au coeur de Ping-Pong, et cet article analyse comment elles s’articulent au sein du texte comme du dessin.


2019 ◽  
Vol 48 ◽  
Author(s):  
Julie Deramond ◽  
Emmanuelle Lambert

A travers l'étude monographique d'un manga spécialisé sur le vin et la cuisine (Les Gouttes de Dieu, de Tadashi Agi et Shu Okimoto), cet article analyse les questions de mise en correspondance des sens, de croisement des arts et d'interculturalité pour montrer comment s'élaborent des formes de médiations et de médiatisation des goûts culinaires, esthétiques et culturels. Le manga, considéré comme médiaculture, se fait ainsi non seulement discours sur le vin mais également passeur de formes, d'objets et de valeurs culturels, devenant prescripteur. Entre discours expert et profane, terminologies professionnelle et autodidaxique, il s'apparente alors à une forme hybride de critique œnologique. Cette bande dessinée japonaise nous invite donc à penser les processus et discours communicationnels liés à la construction du goût, œnologique et esthétique.


2018 ◽  
Vol 52 (1) ◽  
pp. 9-20
Author(s):  
C. Goubron ◽  
M. Le Gall ◽  
C. Philip-Alliez ◽  
V. Monnet-Corti

Parodontologie et orthodontie sont deux disciplines odontologiques intimement liées, l’une et l’autre agissant sur le parodonte de nos patients. Si dans la majeure partie des cas l’orthodontie n’a pas d’effet néfaste sur le parodonte, en cas de parodonte dont le phénotype est fragile (faible hauteur ou absence de tissu kératinisé, tables osseuses fines, fenestrations ou déhiscences osseuses), le traitement orthodontique peut, selon les mouvements effectués, entraîner ou aggraver des récessions parodontales inesthétiques et douloureuses pour le patient et compromettre les résultats. Au travers d’un cas clinique, nous verrons comment prévenir et traiter ces cas afin de rendre possible le traitement orthodontique et maintenir ses résultats dans le temps.


2020 ◽  
pp. 172-186
Author(s):  
Cristóbal Farriol
Keyword(s):  

Y a-t-il une entité de l’art ? Pour Duchamp oui, à condition d’en faire une entité vide, produit d’une non-coïncidence entre l’intention de l’artiste et l’interprétation du spectateur. Plus cet écart est accentué, plus l’objet artistique porte ce qu’il nomme « le coefficient d’art ». Nous proposons l’hypothèse d’une correspondance entre l’inadéquation propre au coefficient d’art duchampien, et l’inadéquation propre à l’inconscient. Pour l’argumenter, nous travaillerons le texte « Le processus créatif », et parcourions les moments chez Freud où quelque chose de l’inadéquation est en jeu dans la structure de l’inconscient. Ensuite, nous verrons chez Lacan l’une de ses formalisations pour une inadéquation fondatrice du sujet : aliénation et séparation. Le résultat de cette analyse nous permettra d’argumenter une certaine équivalence entre l’objet artistique selon Duchamp et l’objet cause du désir chez Lacan.


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