scholarly journals Chansons et cannabis : représentations sociales, enjeux identitaires et communicationnels

2014 ◽  
Vol 11 (2) ◽  
pp. 40-57
Author(s):  
Lionel Dany

Les communications culturelles participent à rendre « visibles » les objets sociaux et contribuent à les inscrire et à en rendre compte dans un contexte social. Ainsi, l’analyse de produits culturels tels que les chansons peut s’avérer pertinente dans une perspective qui viserait à explorer des représentations sociales. Nous avons effectué l’analyse de contenu de vingt-cinq chansons françaises ayant pour thème le cannabis. Les propos véhiculés témoignent d’une expérience pouvant être rapprochée de celle des consommateurs. Autrement dit, ces chansons expriment bien « quelque chose » qui est de l’ordre de la situation sociale du consommateur dans un ensemble complexe qui fait intervenir divers contextes socionormatifs. De plus, l’omniprésence d’un autrui « pensé » et « agi », en référence à l’objet représenté, fait intervenir des processus de croyances de groupe qui permettent de déchiffrer ce qui est de l’ordre de l’intentionnalité de l’oeuvre. L’analyse de communications culturelles comme les chansons se révèle tout à fait pertinente et heuristique pour appréhender de manière contextuelle les formes de savoir de sens commun et pour saisir certains enjeux propres à leur élaboration.

2015 ◽  
Vol 27 (1) ◽  
pp. 99-115
Author(s):  
Karine Carufel ◽  
Daniel Thomas

Les savoirs que développent les participants autochtones qui reçoivent des services psychosociaux sont très peu étudiés. À partir de la théorie du noyau central des représentations sociales, nous avons dégagé les savoirs de sens commun de dix participants autochtones en matière d’intervention psychosociale, ciblé leurs priorités et analysé les liens entre, d’une part, leurs caractéristiques et leurs expériences et, d’autre part, les savoirs qu’ils développent. Ces résultats permettent d’envisager des améliorations aux interventions qui leur sont destinées.


2009 ◽  
Vol 32 ◽  
pp. 11-17
Author(s):  
Dorothée Guilhem

Résumé La notion de charme soulève une confusion de sens, car elle est souvent utilisée dans un sens commun et dans une perspective occidentale. Le charme a été défini comme une qualité naturelle et s’oppose à la séduction, qui est une stratégie du paraître. Cette distinction reprend celles de l’inné et de l’acquis, comme du naturel et du culturel ou socialement construit. Les représentations du charme féminin des Peuls Djeneri du Mali montrent que le charme n’est pas un don naturel ou inné. Il relève des représentations sociales du corps, du symbolisme humoral et des normes esthétiques. Il s’appuie sur un savoir-faire gestuel, sur le code d’expression des émotions et sur l’incorporation de valeurs sociales qui lui donnent un sens. Le charme met donc en relation différents ordres, le biologique, le social et le culturel.


Author(s):  
Marion Braizaz

Cadre de la recherche :Au XXesiècle, une inflexion majeure s’est produite quant aux représentations sociales associées à la corporéité. La mise en scène de son corps est aujourd’hui pensée dans notre société comme devant être unique et révélatrice d’une prise en main identitaire. Alors qu’ils furent longtemps tenus à distance du monde du « paraître », les hommes sont désormais – tout comme les femmes – marqués dans leur quotidien par l’impératif esthétique. Au cœur de l’intimité conjugale, cette nouvelle donne trouve d’ailleurs une résonnance particulière.Objectifs :Tel est le sujet de cet article : démontrer combien l’apparence constitue de nos jours un enjeu conjugal décisif, les choix esthétiques de chacun des partenaires étant toujours soumis au regard de l’autre.Méthodologie :Suite à une enquête qualitative menée en France sur l’expérience esthétique des individus (32 femmes, 28 hommes), nous avons, à ce sujet, identifié une asymétrie genrée fondamentale dans la sphère privée.Résultats :Au jeu des apparences, dans l’espace conjugal, l’imaginaire social amoureux valorisant le bien-être de chacun se heurte à une souveraineté féminine. Une dépendance esthétique des hommes aux femmes s’observe. Face à celle-ci, les tactiques masculines sont alors radicalement opposées d’une classe sociale à l’autre. Si les hommes des classes aisées parviennent à rétablir un équilibre en instaurant une réciprocité subtile, les hommes issus de milieux populaires s’avèrent quant à eux totalement démunis, ne pouvant opposer à cette emprise féminine que des tactiques de résistances minimes.Conclusions :Croisant des analyses sur la sociologie du couple à une sociologie des pratiques esthétiques, cet article révèle combien la conjugalité se trouve être le lieu de rapports de pouvoir indéniables, doublement marqués, par le genre mais aussi par le niveau social. Contribution :Cet article permet d’observer à quel point le couple constitue une modalité centrale de l’expérience esthétique des hommes, ce qui est loin d’être autant le cas du côté des femmes.


2017 ◽  
Vol 36 ◽  
pp. 111-138
Author(s):  
Anne-Marie Gingras1 ◽  
Adriana Dudas ◽  
Magali Paquin ◽  
Marc Foisy2

Cet article porte sur la « démocratie sociale », un concept qui ressort avec force dans notre recherche sur les représentations sociales sur la démocratie. Nous avons interviewé 110 personnes ayant accès à l’espace public dans le but de saisir leur compréhension de la démocratie, de ses diverses dimensions et des principaux enjeux qui l’affectent. La démocratie sociale, ou démocratie comme état de société, s’oppose à la démocratie institutionnelle (pratiques politiques institutionnelles et État de droit) à l’égard de laquelle les critiques abondent. La démocratie sociale comporte deux volets : d’une part, l’insistance sur l’effervescence et la réflexivité qui s’incarnent dans l’organisation collective et dans le débat et la communication et, d’autre part, l’assimilation de la démocratie au conflit qui est pensé en termes de normalité et de processus. Cependant, la démocratie sociale a besoin d’un acteur, le citoyen, qui, comme le montrent les travaux en sciences sociales depuis des décennies, ne répond pas à l’appel de la construction de la démocratie.


2003 ◽  
Vol 50 (1) ◽  
pp. 174-198
Author(s):  
Foumia Bou-Assy ◽  
Serge Dumont ◽  
Francine Saillant

Résumé Cet article présente les résultats d’une étude portant sur les représentations sociales de l’endogamie et de ses conséquences biologiques sur la santé des descendants chez des fiancés apparentés musulmans chiites. La population à l’étude est issue de deux villages libanais. Des entrevues en profondeur ont été réalisées auprès de fiancés, hommes et femmes, d’informateurs clés et d’un groupe de mères. L’analyse qualitative de leur discours nous a permis de définir deux modèles de représentations sociales de l’endogamie : le mariage sécuritaire et le mariage risqué. Quant aux représentations sociales des conséquences biologiques de l’endogamie, nous avons identifié des causes d’ordre surnaturel, biologique, sociocomportemental et environnemental. Les résultats ont mis en évidence que l’endogamie, qui est une pratique sociale privilégiée dans les deux villages étudiés, ne peut être comprise qu’à la lumière de la culture et du contexte socio-économico-politique de ces deux collectivités.


2005 ◽  
Vol 33 (2) ◽  
pp. 239-272 ◽  
Author(s):  
Agnès Adjamagbo ◽  
Philippe Antoine ◽  
Valérie Delaunay

Au Sénégal, mariage et procréation demeurent fortement associés dans les représentations sociales. Avec le recul de l’âge au premier mariage, la maternité en période de célibat est une réalité de plus en plus fréquente. À partir d’une comparaison entre deux populations contrastées, celle de la capitale (Dakar) et celle d’une région rurale (Niakhar), nous avons cherché à mieux comprendre les mécanismes d’entrée en vie conjugale et maternelle chez les femmes au Sénégal, et à déterminer les facteurs des naissances prémaritales. À Niakhar, l’expérience urbaine s’avère déterminante pour le risque de devenir mère célibataire. À Dakar, le fait d’avoir grandi en milieu rural renforce le risque de mettre un enfant au monde avant de se marier, particulièrement pour les jeunes filles qui travaillent comme domestiques. C’est certainement durant cette période de vie prémaritale, où les statuts individuels sont fragiles, que les enjeux dans le domaine des politiques de santé de la reproduction sont les plus forts.


Author(s):  
Miruna Radu Lefebvre ◽  
Noreen O’Shea

Concept pluridisciplinaire en philosophie, psychologie et anthropologie, l’intuition a fait son entrée dans la littérature entrepreneuriale ces dix dernières années. Pourtant, de nombreux entrepreneurs la citaient depuis longtemps comme un élément clé de leur réussite en affaires. Quelle est la représentation sociale de l’intuition dans le champ de l’entrepreneuriat ? Quels sont ses liens avec la prise de décision et le comportement des entrepreneurs novices et consacrés ? Les représentations sociales influencent les perceptions collectives relatives à la désirabilité et la faisabilité entrepreneuriales. Les médias exercent une fonction centrale dans l’élaboration et la circulation des représentations sociales. Nous avons étudié la représentation sociale de l’intuition dans la presse française à partir d’un corpus de 700 articles de la base Lexis Nexis, entre le 5 août 2003 et le 5 août 2012. À partir d’une grille d’analyse du discours, nous avons classé et étudié ces documents afin d’identifier les éléments centraux de l’image de l’intuition dans l’espace public français – contextes d’occurrences, sources d’énonciation, impacts perçus sur l’entrepreneur et son entreprise. Nos résultats ont des implications théoriques et pratiques pour la communication de sensibilisation à la création d’entreprise, ainsi que pour l’accompagnement et l’éducation entrepreneuriale.


2011 ◽  
Vol 23 (1) ◽  
pp. 152-176 ◽  
Author(s):  
Dany Boulanger ◽  
François Larose ◽  
Yves Couturier

Les pratiques professionnelles des intervenants sociaux s’inscriraient généralement dans une perspective déficitaire, c’est-à-dire qu’elles ont pour finalité première de compenser les carences éducatives attribuées aux parents de milieux socioéconomiquement faibles (msef). Ces pratiques seraient fondées sur des représentations sociales négatives que partagent les intervenants sociaux à l’égard des compétences éducatives des parents de msef. Les représentations sociales forment un ensemble de savoirs de sens commun ayant pour fonction d’orienter les conduites et les pratiques des membres d’un groupe ou d’une catégorie sociale, dont les professionnels de l’intervention. L’actualisation de pratiques fondées sur la reconnaissance des compétences éducatives parentales pourrait toutefois, dans certaines conditions, soutenir l’émergence de représentations sociales positives chez les intervenants. Dans cet article, nous présenterons la nature des représentations sociales des intervenants à ce propos. Nous montrerons dans quelle mesure elles influencent leurs pratiques d’intervention. De plus, nous exposerons des conditions par lesquelles certaines pratiques peuvent permettre de modifier ces représentations et soutenir le processus d’appropriation de compétences (empowerment) chez les parents de msef. Ainsi, l’article vise essentiellement à démontrer le lien existant entre pratiques et représentations.


2006 ◽  
Vol 2 (1) ◽  
pp. 71-144 ◽  
Author(s):  
Marie-Andrée Bertrand

RésuméIMAGE DE SOI ET CRIMINALITECet article represente la seconde partie d'une etude en deux tranches du phenomene de la delinquance et de la criminalite feminines au Canada, aux Etats-Unis, en France et en Belgique, intitulee: Self-Image and Social Representations of Female Offenders, du meme auteur.La premiere partie s'attache a la valeur de « representation sociale » de la criminalite. On y etudie le volume relatif de la criminalite des femmes, la nature specifique des delits et crimes qu'elles commettent et pour lesquels elles sont arretees et inculpees, le traitement qu'on leur fait subir, compare aux dispositions prises a l'endroit des criminels de sexe masculin trouves coupablesdes memes mefaits, les dispositions particulieres des codes criminels qui, en plusieurs cas, prevoient des delits limites aux femmes mais aussi les excluent comme auteurs possibles de plusieurs crimes. Ce sont la des indices des roles assignes aux femmes dans une societe donnee.Les representations sociales ainsi analysees nous ont suggere que non seulement les lois et les sanctions prevues, mais aussi le choix des penalites imposees au moment du prononce de la sentence offrent la meilleure explication de ce taux comparativement tres bas et relativement constant de la criminalite feminine a travers le monde. Ces representations sociales sont des renforcements de roles precedemment prescrits a la femme. Ainsi, la theorie du role (role theory) nous semble la meilleure base d'explication de cet ecart entre la criminalite masculine et la criminalite feminine.La seconde partie, dont le present article est tire, resume une recherche empirique qui a dure pres d'une annee (aout 1966, juin 1967).InstrumentPour mesurer la perception de soi, nous avons utilise un questionnaire bref et direct compose essentiellement de quatre parties. La premiere partie fait appel, chez le repondant, a des donnees conscientes, en l'amenant a decrire la decision la plus importante qu'il juge avoir prise au cours des quelques dernieres annees et les motifs qui ont inspire cette decision. La deuxieme et la troisieme parties referent a du materiel psychologique (intra-psychique) preconscient ou inconscient, par mode de projection, c'est-a-dire que le repondant choisit de nommer les « grandes figures » de bienfaiteur (personnel ou non personnel) et de malfaiteur, resume les «grands gestes» qu'il leur attribue et donne sa perception de leur motivation. La derniere partie est constituee par une fiche bio-socio-psycho-educationnelle ou petite histoire de cas en resume.Rationnel de l'instrument: cet instrument d'analyse est base sur une polarite bien decrite dans l'oeuvre du psychologue et psychanalyste Erikson (1964). Il s'agit d'un continuum allant de la notion d'agent a celle de patient: « agens vs patiens ». Cette polarite est reprise dans les travaux de R.R. Korn (1966) dans les termes suivants: «agent-acteur vs object-spectateur ».Quelle est la signification precise des categories ainsi nommees ? XJagent est, pour Erikson et pour Korn, celui qui se percoit comme capable d influencer le monde, les evenements, les personnes. Il a une prise sur sa vie. Il ne se sent pas « brise » dans ses elans (« unbroken in initiative »). L'objet est celui a qui les choses arrivent («to whom things happen»), celui qui se sent pousse par des forces, internes ou externes, a poser des gestes qui lui paraissent inevitables.Hypotheses: nous avons choisi cet instrument a cause de nos deux grandes hypotheses de depart, l'une etant la condition sociale faite a la femme dans les societes dominees par l'homme (condition d'instrument, d'objet), l'autre etant la position sociale de la femme criminelle et de la jeune fille delinquante dans les societes structurees, position determinee par les codes penaux et par l'organisation repressive, mais aussi par la culture qui privilegie certaines valeurs et fait de la femme leur gardienne (position d'instrument mais aussi de victime). La condition sociale de la femme normale et la position sociale de la femme criminelle sont des « miroirs » (« looking-glass self »), selon la theorie de G.H. Mead, « miroirs » dans lesquels la femme normale et la delinquante trouvent une image d'elles-memes.ResultatsNos resultats peuvent se resumer comme suit: Premiere hypothese: « Les femmes adultes normales d'une societe donnee se percoivent moins que les hommes de la meme couche socio-economique et du meme groupe d'age, comme des agents. » Cette hypothese ne s'est pas verifiee en ce qui touche les Canadiennes francaises. La difference entre hommes et femmes n'est pas significative dans ce groupe. Notre hypothese s'est verifiee chez les Canadiens anglais mais a un niveau de signification peu eleve (x2:0.20). Seconde hypothese: «Les femmes adultes criminelles se percoivent plus comme desobjets et des victimes que les non criminelles d'une part et que les hommes criminels d'autre part. » Cette hypothese s'est verifiee statistiquement et la difference est tres significative dans le premier cas (0.01) et un peu moins dans le second (0.10).Il ressort que si la femme non delinquante, suivant le test « agent-objet », ne se percoit pas de facon sensiblement differente de l'homme non delinquant, par contre la femme criminelle, elle, se percoit nettement comme un objet-spectateur, comme une victime, plus que l'homme criminel et beaucoup plus que la femme non delinquante.


2005 ◽  
Vol 9 (1) ◽  
pp. 105-132 ◽  
Author(s):  
Pierrette Bouchard ◽  
Jean-Claude St-Amant ◽  
Jacques Tondreau

Au moyen d'entrevues de groupe auprès d'élèves de troisième secondaire de la région de Québec, nous avons voulu vérifier, d'une part, comment se manifestent dans l'expérience scolaire des élèves les rapports sociaux de classe et de sexe et, d'autre part, quelle dynamique sous-tend la production et la reproduction de ces rapports sociaux. Nous avons regardé à la fois du côté des représentations sociales que se font les filles et les garçons de leur identité de sexe et du côté de leurs interactions au sein de l'école. Peu importe le milieu ou le niveau de rendement scolaire, les filles interrogées témoignent d'une conscience des inégalités entre les hommes et les femmes. Chez les garçons, la représentation de l'identité de sexe montre une soumission aux valeurs de la masculinité, notamment une compréhension des relations hommes - femmes à travers le prisme de la sexualité et une difficulté à penser la masculinité en dehors de l'hétérosexualité. Peu importe le milieu ou le niveau de rendement scolaire, ces garçons partagent des stéréotypes sexuels, sexistes et hétérosexistes.


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