scholarly journals Certitudes et hésitations des institutions scolaires françaises entre instruction, socialisation et qualification. Un point de vue historique sur la longue durée

Phronesis ◽  
2013 ◽  
Vol 2 (2-3) ◽  
pp. 105-113
Author(s):  
André D. Robert

Revendiquant l’héritage des révolutionnaires de 1789, les républicains qui organisent à la fin du XIXe siècle l’école française dans sa forme moderne développent une philosophie qui se veut « fondationnaire», plaçant l’institution scolaire au fondement de la nation. L’idée d’une émancipation du peuple par l’instruction rationnelle sans négliger l’éducation morale et civique est ainsi située au coeur du projet scolaire français et vise des sujets rationnels abstraits, nonobstant leurs caractéristiques et appartenances singulières. La formule « la République sera éducatrice ou elle ne sera pas ! » affirme cette intention fondamentalement politique qui ‘tient’ grosso modo jusqu’à la seconde guerre mondiale. A l’issue de celle-ci, l’institution scolaire commence à être saisie en profondeur par l’économie ; pendant la période de l’Etat-Providence, une synthèse originale paraît s’opérer entre « la méritocratie républicaine, […] l’égalité sociale de masse … [le] souci individualiste » (Gauchet, 2002), les préoccupations montantes de l’économie et de l’emploi, faisant de la question des qualifications une préoccupation de plus en plus centrale. Cet équilibre fragile semble ensuite se défaire pendant les Vingt Piteuses, l’école se caractérisant alors par une démultiplication de ses missions et une perte de repères, une difficulté à faire sens. C’est la signification présente de l’institution scolaire qui sera interrogée, au regard de l’influence économico-anthropologique du néo-libéralisme, de l’exigence d’une formation ‘tout au long de la vie’ et ses conséquences, ainsi que – par le fait - de la dialectique instruction-socialisation-qualification.

Author(s):  
Sophie Chevalier

Dans une perspective d’anthropologie urbaine, cet article décrit la construction historique du front de mer à Durban depuis le milieu du XIXe siècle, ainsi que les usages et la sociabilité aujourd’hui spécifiques à cet espace, en inscrivant cette analyse dans la longue durée. La promenade et la plage sont vécues comme des extensions de la vie sociale urbaine, dont les pratiques s’inscrivent entre des moments de relative indifférenciation sociale et raciale dans la coprésence, et des moments d’appropriation des lieux par un groupe, à travers un événement particulier, qui suscitent alors des formes d’ajustement de la part des autres usagers. Cette cohabitation dans l’espace et dans le temps, dont certains termes sont fixes car inscrits dans des temporalités collectives et saisonnières, se définit par une certaine fluidité des interactions entre individus et groupes, marquées néanmoins par l’histoire de la ville. L’analyse de cet espace historique permet de saisir l’ampleur des transformations sociales de Durban, et la redéfinition de la place de chacun dans la ville, et en tant qu’habitant.


1984 ◽  
Vol 39 (5) ◽  
pp. 1009-1019 ◽  
Author(s):  
Patrice Bourdelais

Si de remarquables études ont été conduites sur l'époque contemporaine, les analyses de la modification des structures fondamentales de la société au cours de la phase d'industrialisation, qu'il s'agisse des changements démographiques et familiaux, économiques et professionnels, sociaux et culturels, n'apparaissent que très récemment comme le coeur des recherches sur le xixe siècle et sur le début du xxe siècle. En dépit de l'attrait qu'exercent les recherches sur les structures lourdes de la longue durée, sûres de leurs accumulation de savoirs et de savoir-faire, de plus en plus d'historiens s'engagent dans l'aventure de l'analyse des mobilités lors des périodes de changement profond.


1977 ◽  
Vol 32 (2) ◽  
pp. 227-236 ◽  
Author(s):  
John Kington

L'étude des fluctuations climatiques pendant les temps historiques est fonction de la découverte et de la confrontation de sources adéquates et fiables. E. Le Roy Ladurie, utilisant des données quantitatives soit directement, soit après traitement, a dessiné un synopsis magistral de l'histoire du climat au cours du dernier millénaire. On a enregistré, quoique de façon irrégulière au début, des observations instrumentales à travers une bonne partie de l'Europe pendant le dernier tiers de ce millénaire. Le regroupement et le recoupement minutieux d'un tel matériel ont permis de reconstituer des séries de longue durée pour plusieurs régions d'Europe ; ainsi pour l'Angleterre centrale à partir de 1659 et pour l'Europe centrale à partir de 1761.


1985 ◽  
Vol 40 (6) ◽  
pp. 1289-1306 ◽  
Author(s):  
Claude-Hélène Perrot

Parallèlement à l'édification et à la consolidation d'un État, processus qui peut largement s'étaler dans le temps, s'effectue l'appropriation d'un espace, marquée par l'apparition à des moments divers, dans des parties du territoire jusque-là faiblement peuplées, de nouveaux villages. Ceux-ci reçoivent un statut qui les intègre, à un niveau déterminé, dans la hiérarchie politique globale.Ce processus d'occupation de l'espace se développe, lui aussi, dans la longue durée. Dans le cas présent, celui des Anyi du Ndenye, au sud-est de la Côte-d'Ivoire, on est en mesure d'en suivre les étapes pendant les deux siècles qui séparent la première implantation, historiquement connue, de groupes d'émigrants (2e quart du xvme siècle) et la conquête coloniale (fin du xixe siècle).


2005 ◽  
Vol 3 (1-2) ◽  
pp. 25-26
Author(s):  
Marcel Trudel

Que savons-nous au juste de notre XIXe siècle ? L'historien qui désire répondre à une telle question se voit confronté à un certain nombre de difficultés. Ainsi, qui peut prétendre avoir seulement parcouru toute la production historique relative au siècle dernier ? Qu'il s'agisse de l'évolution économique, sociale, démographique, politique ou religieuse, l'historien dispose maintenant d'un assez large éventail de travaux susceptibles de lui fournir une vue d'ensemble de cette époque troublée. Évidemment, parmi les historiens, des figures dominantes se dégagent d'emblée, tels Garneau, David, Suite, Chapais, Groulx, Maheux, Bruchési, Christie, Dent, l'équipe de Canada and ils Provinces, Creighton, Lower, Mclnnis, Wade, Morton et Easterbrook, qui non seulement ont réalisé un effort considérable de synthèse mais qui ont aussi pour plusieurs influencé d'une façon décisive l'orientation de la recherche. Ces quelques noms ne font pas oublier les nombreux auteurs d'études spécialisées, les biographes, les fabricants de monographies paroissiales ou régionales et, enfin, les généalogistes. Suffit-il de s'être familiarisé avec les études les plus marquantes pour être en mesure de porter un jugement valable sur une masse aussi imposante de travaux ? Il faut de plus avoir pris contact avec l'ensemble des problèmes que soulève l'évolution globale du Canada français depuis l'introduction du parlementarisme jusqu'à la prise du pouvoir par Laurier. Tout cela constitue une sérieuse invitation à la prudence. Deux principaux courants parallèles et, en très grande partie, autonomes ont marqué le développement de l'historiographie canadienne depuis Garneau jusqu'à la seconde guerre mondiale. L'un, d'inspiration essentiellement nationaliste, reflète l'unanimité idéologique des historiens canadiens-français et l'autre, d'origine anglo-saxonne, se révèle depuis la fin du XIXe siècle plus ouvert à la diversité et plus soucieux de s'appuyer sur des méthodes scientifiques. Ce n'est pas qu'une certaine influence réciproque ne se soit fait sentir — les œuvres de Chapais, De Celles, Bruchési, Lower et Mason Wade en témoignent — mais il reste que, d'une façon générale, les échanges de points de vue ont été plutôt limités. Tout cela tend à donner l'impression d'une double construction historique étroitement cloisonnée.


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