« Le doudou de ma fille, ça pue tellement bon ! »
Le statut épistémique des odeurs occupe une place à part dans la littérature scientifique, en particulier en psychologie cognitive et au sein de l’anthropologie des sens. À partir d’une enquête ethnographique conduite en France et en Belgique francophone, nous montrons les limites d’une conception dominante de ces travaux qui consiste à trier les expériences olfactives dans le cadre d’un clivage hédonique, bonnes et mauvaises odeurs s’opposant d’un point de vue affectif, cognitif et normatif. Prenant appui sur une démarche d’ethnographie cognitive des perceptions consistant à étudier les odeurs en tant que résultat d’un processus de jugement dont on peut étudier le déploiement en tant qu’activité mentale située, nous montrons dans un premier temps la place qu’occupent les « mauvaises odeurs » corporelles dans l’intimité de nos informateurs. Puis nous présentons les odeurs oxymorons qui sont jugées à la fois bonnes et mauvaises. Ces deux cas illustrent les limites d’une analyse des odeurs en termes de clivage hédonique. Au-delà de cette question spécifique, nous proposons une analyse ethnographique des jugements cognitifs au coeur de l’intime comme cadre pour le développement de l’anthropologie des sens, et un rapprochement vis-à-vis des travaux de la psychologie cognitive dans ce domaine.