Georges Perec : grandeur et misère d’une signification abymée
« 53 jours », le dernier roman de Perec, demeuré inachevé, propose d’interroger les rapports entre le réel et la fiction à travers une enquête policière sur des manuscrits et des récits mis en abyme. De la sorte, il brouille sans cesse les frontières entre la fiction et le monde, et indique comment le désir absolu de faire signifier le réel comme les récits risque de condamner le lecteur à l’erreur. La signification devient une puissance fascinante et ensorcelante que la mise en abyme renvoie dans le domaine de l’illusion. Le livre est ainsi hanté par l’idée du dévoilement, et fonde la lecture du monde sur des présupposés issus non de lui-même mais de la littérature. S’écrivant tout en désavouant la signification du réel et de la fiction, « 53 jours » affirme donc que la littérature doit avant tout être exigence de lucidité quant à ses pouvoirs et à ses limites. Un autre réalisme s’invente sous la plume de Perec, un « réalisme citationnel », qui combine le monde et les oeuvres : un réalisme qui sait que le réel est aussi une fiction, composée de tous les textes qui peuplent notre mémoire et orientent notre pensée.