Aborder la modernité : Triptyque et Lignes et points de Pierre Mercure
Les deux oeuvres pour orchestre Triptyque (1959) et Lignes et points (1964) illustrent les diverses façons qu’avait Pierre Mercure d’aborder l’héritage du modernisme musical. Un des traits fondamentaux de la musique d’allégeance moderniste – et une préoccupation qui relie les compositeurs des premières décennies du xxe siècle (Bartók, Stravinsky, Berg, Hindemith, Honnegger, etc.) avec ceux qui relèvent de l’avant-garde musicale de l’après-guerre – se trouve dans un souci de symétrie. Pour sa part, Mercure emploie des formes symétriques pour structurer les deux oeuvres étudiées dans cet article à divers niveaux. Dans Triptyque, la surface de la musique reste tout à fait traditionnelle, alors que plusieurs aspects de sa structure (un peu cachés) relèvent d’une sensibilité résolument moderniste. Dans Lignes et points, au contraire, la surface de la musique, les sons, les couleurs et les textures sont empreints d’un caractère moderne, voire avant-gardiste, alors que sa structure pour ainsi dire « souterraine » se résume à un thème et variations de confection tout à fait classique (bien que cette forme ne s’entende pas nécessairement comme telle). D’autres aspects de ces deux oeuvres révèlent l’influence sur Mercure de ses contemporains, tels que Karlheinz Stockhausen, Earle Brown et John Cage, dont Mercure a entendu les oeuvres lors de la Semaine internationale de musique actuelle (SIMA) qu’il a organisée en 1961.