scholarly journals Un intellectuel à la rencontre de deux mondes : Jean-Charles Falardeau et le développement de la sociologie universitaire au Québec

2005 ◽  
Vol 23 (3) ◽  
pp. 361-385 ◽  
Author(s):  
Marcel Fournier

Objet de nombreuses études, le processus de constitution de nouveaux savoirs ou de nouvelles compétences est assimilé tantôt au mouvement de « professionnalisation », tantôt à l'organisation de disciplines scientifiques, mais dans l'un (sociologie des professions) et l'autre cas (sociologie de la science), ce processus est identifié à la constitution d'un corps de spécialistes et à leur insertion en milieu universitaire : les conditions institutionnelles ou les étapes d'institutionnalisation d'une discipline sont invariablement la délimitation des frontières de la discipline, l'organisation d'institutions d'enseignement et de recherche, la constitution de réseaux ou plus largement d'une « communauté » de collègues en contact les uns avec les autres, la formalisation des règles d'accès à la carrière scientifique, etc. Il faut cependant reconnaître que, parce qu'elle exige la mobilisation de ressources humaines et financières, toute transformation de la division sociale du travail intellectuel qu'entraînent l'apparition et l'organisation d'une nouvelle discipline ne repose pas sur la seule force de P« idée » nouvelle ou sur la seule énergie de quelques individus d'exception. Pour la période contemporaine, en particulier pour la période qui correspond à la modernisation du système universitaire et qui date, en Europe et en Amérique du Nord, de la seconde moitié du XIXe siècle, une telle modification n'est nullement indépendante de transformations de la structure sociale elle-même, en particulier de la montée de nouvelles classes dirigeantes qui identifient leur mobilité au « progrès », à la « modernité » et à la « science », et qui souvent s'associent à des mouvements de réformes sociales. Dans le cas de la sociologie aux États-Unis, il ne fait aucun doute, comme le montre Oberschall, que sa naissance et son développement rapide sont provoqués par la prise de conscience et la prise en charge, d'abord par des institutions privées et ensuite par l'État lui-même, des «problèmes sociaux» (pauvreté, hygiène, criminalité, urbanisation, etc.) qu'entraîne l'industrialisation et qui suscitent l'organisation de mouvements réformistes habituellement animés par des membres des classes supérieures. ' Fille de la modernité, la sociologie en est à la fois le témoin, l'analyste et (parfois) le critique. Dans le cas d'une société telle que le Québec dont le développement économique est largement dépendant, Le. fonction de capitaux étrangers, la mobilité et la mobilisation de la bourgeoisie francophone n'ont été, de la seconde moitié du XIXe siècle jusqu'aux années de la Crise, que partielles et n'ont pas permis, à travers des mouvements de réforme, la véritable modernisation du système universitaire francophone. Le développement de la sociologie sera certes lié à un mouvement social de modernisation, mais le contexte politique (de lutte contre le Duplessisme) et aussi la composition de ce mouvement, plus étroitement lié aux classes moyennes et populaires, seront différents : à la fois cette conjoncture spécifique et les caractéristiques sociales de ceux qui s'intéressent à cette discipline donneront à son développement un rythme et une forme particuliers.

1957 ◽  
Vol 12 (2) ◽  
pp. 243-257 ◽  
Author(s):  
Rondo E. Cameron

L'angletebre a le Plus Contribué au développement économique du monde du XIXe siècle. Avant 1850 en particulier, les Anglais ont aidé à la mise en place de l'industrie moderne chez leurs voisins du Continent, y compris la France. Mais, à partir de 1850, l'Angleterre se tourne de plus en plus vers les espaces d'outre-mer, laissant aux autres Européens la tâche d'assurer leur propre salut. Si l'on prend le XIXe siècle comme un tout, le pays qui a le plus contribué au développement économique de l'Europe, c'est la France. En ce qui concerne les exportations de capitaux, par exemple, les investissements britanniques en Europe (y compris l'Empire Ottoman et l'Egypte) ont atteint leur sommet (environ un demi-milliard de livres, soit 12 1/2 milliards de francs-or) en 1873, pour décliner ensuite fortement jusqu'à moins de 300 millions de livres (ou sept milliards de francs) en 1914 : à cette époque, ils représentent seulement 7 1/2% des investissements britanniques à l'extérieur. Les Français, vers 1870, ont investi en Europe au moins autant que les Anglais et cet effort n'a fait que croître, pour atteindre un total de 30 milliards de francs en 1914.


2008 ◽  
Vol 29 (2) ◽  
pp. 37-58
Author(s):  
Darío Roldán

François Furet écrit Le Passé d’une illusion, un essai critique sur l’idée communiste au XXe siècle, presque quarante ans après avoir quitté le parti où il avait milité entre 1949 et 1958. Cet essai est aussi un manifeste historiographique dans lequel une critique des « sciences sociales » escorte la revendication d’une histoire « philosophicopolitique », alors que les premiers travaux de Furet avaient été consacrés à l’étude de la structure sociale en France au XVIIIe siècle.


2019 ◽  
Vol 58 (3) ◽  
pp. 242-250
Author(s):  
Anatole Le Bras

La colonie pour jeunes garçons de l’asile de Vaucluse, créée en 1876, est une institution méconnue et pourtant pionnière de l’investissement du champ de l’enfance par l’aliénisme de la fin du XIXe siècle. L’étude de la population des « colons » montre que l’établissement était un lieu de prise en charge pour des enfants et adolescents atteints de formes de déficience mentale légères et présentant des parcours d’inadaptés, donnant souvent dans la délinquance. Si la colonie n’était pour certains qu’un lieu de passage temporaire, d’autres y entamèrent de longues carrières asilaires, ici abordées à travers deux études de cas de trajectoires de patients.


1961 ◽  
Vol 16 (6) ◽  
pp. 1066-1095
Author(s):  
Michael Confino

Le degré d'expansion respective de l'obrok et de la barščina a une importance énorme dans l'histoire du servage en Russie » écrivait V. I. Semevskij en 1882. Rien n'a, depuis, restreint la portée de cette affirmation, postulat fondamental de toute recherche sur le régime agraire en Russie avant 1861. Redevances en espèces (obrok), en travail (barščina) ou en nature : chacune de ces formes implique un type différent de domaine, et exerce une influence sur la structure de la communauté rurale et les principaux aspects de son activité sociale, sur l'organisation et l'administration de la propriété, sur le degré de dépendance des serfs et la nature de leurs occupations.En effet, la répartition géographique de l'obrok et de la barščina et leur évolution sont deux aspects essentiels du problème des redevances, étroitement lié à la question, longuement débattue et toujours actuelle, des voies du développement économique et social de la Russie.


1968 ◽  
Vol 23 (2) ◽  
pp. 268-295 ◽  
Author(s):  
François Bédarida

Alors que depuis la fin des guerres napoléoniennes la géographie industrielle de l'Angleterre se déplaçait à un rythme accéléré vers le nord et que Londres, sans être négligé, se trouvait éclipsé au profit des nouvelles villes manufacturières, voici que, vers le milieu du siècle, par un mouvement curieux d'alternance pendulaire, l'attention des contemporains se concentre à nouveau sur la capitale. Publicistes, enquêteurs, grand public marquent un intérêt très vif pour une ville dont les proportions gigantesques et l'accroissement sans borne suscitent l'étonnement, l'admiration ou l'inquiétude. A cette conscience aiguë des problèmes sociaux de l'agglomération ont contribué plusieurs facteurs.


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