Cosmologies chamaniques et utilisation de psychotropes parmi les Shipibo-Conibo de l’Amazonie occidentale

2010 ◽  
Vol 8 (1) ◽  
pp. 57-91
Author(s):  
Anne-Marie Colpron
Keyword(s):  

Résumé L’idée de soigner par l’intermédiaire d’un psychotrope semble, pour un observateur occidental, inconcevable. Cette pratique s’observe néanmoins auprès de la population indigène shipibo-conibo en Amazonie occidentale et s’explique par leur cosmologie particulière. Ainsi, la plupart des entités du milieu (arbres, cours d’eau, astres) sont considérées comme des microcosmes, abritant des populations singulières aux connaissances spécifiques, comme la faculté de guérir. Dans un passé mythique, les Shipibo-Conibo pouvaient interagir avec ces êtres et bénéficier de leurs expertises, mais de nos jours, ils n’arrivent qu’à les entrevoir, notamment lors de rêves. Seuls les chamanes savent comment provoquer ces rencontres par l’ingestion d’une liane hallucinogène (ayahuasca) lors de contextes rituels : ce psychotrope étant jugé dangereux, son usage fait l’objet d’une initiation et de prescriptions strictes. Véhicule privilégié dans les médiations chamaniques, l’ayahuasca permet d’actualiser les alliances avec les êtres de la forêt, et par leur entremise, les chamanes peuvent alors répondre aux besoins des membres de leur communauté. En détaillant les discours de chamanes shipibo-conibo, leur apprentissage et leurs pratiques chamaniques, cet article expose une utilisation pratique et régulée de psychotrope en contexte indigène et démontre comment les Shipibo-Conibo ne considèrent pas le chamanisme comme une pratique ésotérique marginale – idée courante en Occident – mais plutôt comme une institution en continuité avec un ensemble de pratiques sociales.

1994 ◽  
Vol 49 (4) ◽  
pp. 951-976 ◽  
Author(s):  
Henri Favre
Keyword(s):  

Inventer des traditions légitimatrices, trouver des raisons de vivre ensemble et définir un projet d'avenir commun, telles sont les tâches qui attendent les dirigeants de tout pays accédant à l'indépendance et cherchant à se constituer en nation. Ces tâches sont particulièrement difficiles dans un pays où l'héritage colonial a laissé une minorité d'origine européenne en présence d'une nombreuse population indigène. Elles deviennent encore plus complexes quand c'est cette minorité dominante qui a tranché le lien avec la métropole afin de reconduire la structure interne du pouvoir, comme au Mexique en 1821.


1978 ◽  
Vol 33 (5-6) ◽  
pp. 1126-1159 ◽  
Author(s):  
Nathan Wachtel

Dans l'aire andine, et même à l'échelle du continent sud-américain, les Urus constituent une véritable énigme, à la fois historique et ethnologique. Presque éteints de nos jours, ils occupaient au XVIe siècle une aire exceptionnellement vaste, le long de l'axe aquatique qui traverse le haut-plateau (rio Azangaro, lac Titicaca, Desaguadero, lac Poopo, rio Lacajahuira, lac Coipasa) : dans ce cadre, ils formaient le quart de la population indigène. Or selon une image traditionnelle, léguée par- les chroniqueurs, reprise par les voyageurs et les ethnologues, ce sont des Indiens grossiers, barbares, en un mot « primitifs », qui diffèrent de toutes les autres populations andines. Ils se distinguent par l'aspect physique (dolichocéphales, teint plus sombre), la langue, le vêtement, et surtout le mode de vie : tandis que leurs voisins Aymaras ont atteint (selon le schéma évolutionniste) le stade de l'élevage et de l'agriculture, les Urus, demeurés à un niveau inférieur, ne subsistent que de pêche, de chasse (d'oiseaux aquatiques), et de collecte. Aussi suscitent-ils un mépris violent, véritablement raciste, non seulement chez les autres Indiens, mais aussi chez les meilleurs auteurs, qui les rejettent aux marges de la bestialité : « Ces Urus sont de telles brutes, affirmait José de Acosta, qu'euxmêmes ne se considèrent pas comme des hommes.


Ethnologies ◽  
2018 ◽  
Vol 39 (1) ◽  
pp. 167-174

Cet entretien évoque la politique de « détatarisation » mise en oeuvre en Crimée au lendemain de la déportation des Tatars de Crimée au printemps 1944, alors que l’Union soviétique mène une lutte sans merci contre les armées d’Hitler. La détatarisation vise à effacer les traces les plus manifestes de l’ancienne présence des Tatars, jusqu’alors considérés comme la population indigène, et à transformer la péninsule en terre russe, poursuivant d’une certaine manière la politique lancée par Catherine II à la fin du XVIIIe siècle. La détatarisation soulève le problème du « patrimoine » à divers titres, qu’il s’agisse du patrimoine culturel comme du patrimoine mobilier et immobilier.


1985 ◽  
Vol 6 ◽  
pp. 315
Author(s):  
Σοφία ΠΑΤΟΥΡΑ

<span><span style="font-size: 11pt; color: black; font-family: 'Lucida Sans Unicode','sans-serif'"> </span></span><span style="font-size: 11pt; color: black; font-family: 'Lucida Sans Unicode','sans-serif'">  </span><span style="font-size: 11pt; color: black; font-family: 'Lucida Sans Unicode','sans-serif'"><p>Sophie Patoura</p><p>Contribution  à  l'histoire des provinces  nordiques  de l'Empire (IVe-VIe s.). Sources littéraires<em> </em></p><p>La différenciation ethnique et politique effectuée à la frontière nordique de l'Empire durant le septième siècle était le résultat d'une série d'évé­nements politiques et militaires qui s'étaient succedés dans la région du Bas-Danube pendant les trois siècles précédents. Dans cette étude, se fondant sur l'examen critique des sources littéraires, l'auteur procède à une présentation des invasions barbares à travers les âges (fin du IIIe-fin du VIe s.). On accorde une attention particulière aux événements qui ont exercé une influence substantielle sur l'évolution des conditions économiques et démographiques des provinces paradanubiennes (Scythia Minor, Moesia Secunda et Dacia Ripensis), conditions qui permirent d'abord l'infiltration graduelle et puis l'installation permanente des tribus slaves dans l'Empire.</p><p>Au IVe siècle l'activité guerrière des Goths et, après leur installation sur son territoire, leur hostilité envers l'Empire, a porté un coup dur à l'économie agraire et à la population des campagnes. Les invasions des Huns - peuple qui dominait les régions du Danube au Ve s. - et sur­tout leurs attaques organisées à l'époque d'Attila, ont eu des incidences graves sur les grandes villes et forteresses des provinces d'Illyricum et de Thrace. </p><p>Au VIe siècle, malgré l'oeuvre intensive de fortification de Justinien visant à la réconstitution du <em>limes </em>danubien, les invasions continuelles des tribus hunniques, slaves et bulgares d'une part, et d'autre part l'apparition dynamique des Avars et leur activité organisée pendant la deuxième moitié du siècle, ont paralysé la défense de la frontière nordi­que et ont causé des destructions irréparables, tant à la campagne qu'aux grandes villes et forteresses.</p><p>L'abandon de la campagne, la destruction des grandes centres civils et des forteresses, la diminution graduelle de la population indigène, la colonisation de plusieurs régions de l'Illyrie et de la Thrace avec des tri­bus ou des groupes barbares, la décadence de la vie économique et la différenciation de la composition ethnique de la population, ont été les facteurs fondamentaux qui ont mené à l'affaiblissement du <em>limes </em>danubien, le contrôle de la région échappant ainsi à l'Empire.</p></span>


1991 ◽  
Vol 15 (1) ◽  
pp. 25-42 ◽  
Author(s):  
Roger A. Peddie

SOMMAIRE "Prêts ou pas?" Le développement ď une politique linguistique en Nouvelle-Zélande On peut considérer que la politique linguistique d'un pays résulte d'une interaction entre les principes prônés par le gouvernement central et sa perception des exigences politiques et économiques du pays. On peut soutenir au'en Australie, par exemple, la décision d'adopter une politique linguistique a été le résultat d'une telle interaction, à la suite de quelques années d'enquêtes et de débats publics. Dans cet article, l'auteur suggère que la situation en Nouvelle-Zélande puisse s'avérer plus complexe. Ses recherches le portent à croire que la politique se fait peu à peu, sans suivre aucun plan central et sans se baser sur les données nécessaires au développement d'une politique judicieuse. Néanmoins, la pression politique exercée sur le gouvernement à la fois par la population indigène (les Maoris), et d'autres groupes pour qui les autres langues sont tout aussi importantes, paraît avoir eu une interaction positive avec les principes de communauté et d'égalité prônés par le gouvernement. Il est donc possible que cette interaction entraîne une politique nationale cohérente, que la Nouvelle-Zélande y soit préparée ou non. L'exemple de la Nouvelle-Zélande suggère qu'on a besoin d'une théorie plus complexe pour expliquer le développement des politiques linguistiques. RESUMO Ĉu ĝi venas -preta aǔ ne? Lingvopolitika evoluigo en Novzelando Lingva politiko, laŭ la kutima difino, ekestas el interagado de la valoroj de centra regsistemo kaj la bezonoj politikaj kaj ekonomiaj. En la kazo de Aüstralio, oni ja povas argumenti, ke decido pri politiko estis bazita sur precize tia interagado post pluraj jaroj da esplorado kaj publika debatado. La aŭtoro sugestas, ke la situacio en Novzelando estas pli komplika: La politiko ekaperas laŭpece, sen klara centra planado kaj sen granda parto de la donitajoj bezonataj por firma evoluigo de politiko. Tarnen, politika premado fare de la indigena maoria popolo kaj de komunumaj kaj aliaj interesogrupoj lingvaj sajnas interaginta pozitive kun akceptitaj registaraj valoroj pri partnereco kaj egaleca traktado. Tio eventuale ja kondukos al kohera nacia politiko, sendepende de la demando ĉu Novzelando pretas aŭ ne. La novzelanda kazo sugestas, ke oni eventuale devos tarnen ellabori pli komplikan teorion de lingvopolitika evoluigo.


Author(s):  
Judith Elizabeth Pinos Montenegro

Este artículo describe la historia de una escuela de la ciudad de Ambato, cuya creación obedeció a las gestiones de un grupo de migrantes indígenas kichwa puruwaes. El período de análisis abarca de 1995 a 2018. Se trata del estudio cualitativo de un entorno educativo bilingüe (kichwa-español), para el cual se utilizó técnicas tales como entrevistas a profundidad y análisis documental del archivo institucional. La sistematización de datos se llevó a cabo con el software Tropes. Los principales hallazgos de la investigación muestran que a partir de su identidad étnica las y los indígenas ejercieron el derecho a la educación en lengua propia; además se identificó cuestionamientos a las acciones estatales que impiden el fortalecimiento de las lenguas y culturas nativas. Se espera que esta investigación contribuya al análisis de las políticas públicas educativas para población indígena.Palabras clave: Indígenas, Educación, Políticas públicas, KichwaThe school in the memory of its agents. A case study in migrant indigenous population of Ambato, Tungurahua, EcuadorAbstractThis article describes the history of a school in the city of Ambato, whose creation was due to the efforts of a group of indigenous Kichwa Puruwa migrants. The period of analysis covers from 1995 to 2018. It is a qualitative study of a bilingual educational environment (Kichwa-Spanish), for which techniques such as in-depth interviews and documentary analysis of the institutional archive were used. The data systematization was carried out with the Tropes software. The main findings of the research show that, based on their ethnic identity, the indigenous people exercised the right to education in their own language. In addition, questions were identified regarding state actions that impede the strengthening of native languages and cultures. It is hoped that this research will contribute to the analysis of public education policies for the indigenous population.Keywords: Indigenous people, Education, Public policies, KichwaL’école dans la mémoire de ses agents. Étude de cas en population indigène migrant d’Ambato, Tungurahua, EcuadorRésuméCette article décrit l’histoire d’une école de la ville d’Ambato, dont sa création a obéit aux gestions d’un groupe de migrants indigènes kichwa puruwaes. La période d’analyse couvre  les années de 1995 à 2018.Il s’agit de l’étude qualitative d’un entourage éducatif bilingue (kichwa-espagnol), pour lequel on a utilisé des techniques telles que des entrevues à profondeur et analyse documentaire de l’archive institutionnel. La systématisation des renseignements s’est mise en marche avec le  software Tropes. Les principales découvertes de la recherche montrent qu’à partir de son identité ethnique les indigènes ont exercé le droit à l’éducation en langue maternelle ; en plus, on a identifié des questionnements envers les actions de l’état qui empêchent le renforcement des langues et des cultures natives. On espère que cette recherche contribuera à l’analyse des politiques publiques éducatives pour la population indigène. Mots clés: Indigènes, Éducation, Politiques publiques, Kichwa 


Author(s):  
Felipe Javier Galán López ◽  
Sergio Iván Navarro Martínez

La Región de la Sierra de Tabasco cuenta con grupos de población indígena ch’ol y zoque de gran importancia para la configuración del territorio, la cual tiene que ver con límites políticos en un largo proceso histórico. Este ensayo analiza la conformación histórico-cultural de la zona, resaltando los elementos de identidad étnica y estableciendo la diferencia, principalmente, entre la región instrumental y la ontológica. El trabajo examina también la política educativa indigenista de aculturación que, durante el siglo xx, influyó en la definición de estos grupos étnicos en el área de estudio, frente a un proceso en el cual se impuso un imaginario de identidad relacionada con el mundo olmeca. Los procesos temporales presentados en este estudio llevan a identificar a la región como producto de un proceso contradictorio determinado por elementos mezclados, a lo largo del tiempo, en dinámicas yuxtapuestas.Palabras clave: Etnicidad, Identidad, Indigenismo, Territorio, PolíticasResignification of the Sierra de Tabasco Region based on historical elements and public policies of ethnicityAbstractThe Sierra de Tabasco Region has Ch’ol and Zoque indigenous population groups of great importance for the configuration of the territory, which has to do with political limits in a long historical process. This essay analyzes the historical and cultural conformation of the area, highlighting the elements of ethnic identity and establishing the difference, mainly, between the instrumental and the ontological region. The work also examines the indigenist educational policy of acculturation that, during the 20th century, influenced the definition of these ethnic groups in the area of study, faced with a process in which an imaginary of identity related to the Olmec world was imposed. The temporal processes presented in this study lead to identifying the region as the product of a contradictory process shaped by a mixture of elements over time in juxtaposed dynamics.Key words: Ethnicity, Identity, Indigenism, Territory, PoliticsResignification de la Région Sierra de Tabasco à partir d’éléments historiques et de politiques publiques d’ethnicitéRésuméLa Région de la Sierra de Tabasco dispose de groupes de population indigène ch’ol et zoque de grande importance pour la configuration du territoire, laquelle implique des limites politiques dans un long procès historique. Cet essai analyse la conformation historique-culturelle de la zone, en mettant l’accent sur les éléments d’identité ethnique et en établissant la différence, principalement, entre la région instrumentale et l’ontologique. Le travail examine aussi la politique éducative indigéniste d’acculturation qui, pendant le XXe. Siècle, a influencé dans la définition de ces groupes ethniques dans l’axe d’étude, face à un procès dans lequel un imaginaire d’identité s’est imposé en relation avec le monde olmèque. Les procès temporels présentés dans cette étude emmènent à identifier la région comme produit d’un procès contradictoire déterminé par d’éléments mélangés  au cours du temps dans de dynamiques juxtaposées.Mots clé : Ethnicité, Identité, Indigénisme, Territoire, Politiques


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