De Defoe à Tournier : le destin ou le désordre des choses. Sur trois incipit
Résumé Cet article étudie les rapports entre le désordre des choses et l'intervention du destin dans les incipit de Robinson Crusoe de Daniel Defoe, de Vendredi ou les Limbes du Pacifique de Michel Tournier (principalement), et de Vendredi ou la vie sauvage, du même auteur. Au début de Robinson Crusoe, le monde des hommes domine encore celui des choses, représentées plus tard sur l'île par des objets qui ont été conservés comme tels (sauvés du naufrage) ou confectionnés sur place, grâce aux outils eux aussi rescapés. L'incipit de Vendredi ou les Limbes du Pacifique organise au contraire le désordre des choses. Robinson, dont le destin récapitule la conception grecque (recoupant ainsi un certain nombre de mythes), celle du XVIIe siècle élisabéthain et une vision moderne peut-être issue de Voltaire, saura dépasser ce désordre, voire ensuite un ordre par lui reconstruit, pour se dissoudre dans l'immatériel. La valeur symbolique des objets qui, peuplant le navire, représentent l'ancien monde, s'atténue dans Vendredi ou la Vie sauvage, qui nous ramène à la force des choses.