Le risque de cancer du sein en France : un mode unique de prévention
Résumé Cet article porte sur l’élaboration du risque de cancer du sein en France et sur ses conséquences sociales. Il s’appuie sur des données historiques et sociologiques pour tracer l’évolution de sa prévention, de la fin du xixe siècle aux tests contemporains de prédisposition génétique. Il montre que la détection précoce s’est imposée comme la technique d’excellence de prévention du cancer du sein, dans un monde où les thérapeutiques évoluent peu en matière de guérison, d’une part, et dans lequel les discours alternatifs n’ont eu que très peu d’audience auprès des publics concernés, d’autre part. Basée exclusivement sur le dépistage, l’entreprise française de prévention du cancer du sein a progressivement transformé des personnes en bonne santé en patientes asymptomatiques — dans un processus de médicalisation du risque — et des populations ciblées de femmes en population à risque — dans un processus de naturalisation du même risque. L’entreprise de surveillance qui organise cette situation est l’oeuvre d’une autonomie médicale qui légitime un « faute de mieux », en l’absence de remède efficace.