La biopolitique n’est pas une politique de la vie
RésuméAutour de son cours au Collège de France de 1975-1976 et du premier volume de sonHistoire de la sexualité, Michel Foucault avança, de manière fugace, mais décisive, une théorie du biopouvoir dont la composante la plus remarquable était la biopolitique. Ce concept, qu’il délaissa lui-même au profit d’autres pistes de recherche, connut néanmoins une fortune considérable dans les sciences sociales. Bien plus pourtant qu’une véritable politique de la vie, que l’étymologie du mot paraissait annoncer, la biopolitique s’est révélée être un gouvernement des populations, des conduites et des pratiques, laissant échapper ce qu’on peut appeler la vie elle-même. Reprenant une double ligne de réflexion à partir de Georges Canguilhem, dont il fut l’élève, et d’Hannah Arendt, dont il ignora l’oeuvre, on se propose dans ce texte de retourner à la substance des politiques de la vie, entre vivant et vécu, entrezoéetbios, et, à partir de travaux empiriques conduits sur les réfugiés en France et sur le sida en Afrique du Sud, d’appréhender certains des enjeux de ces politiques. Il s’agit en particulier de penser la vie du point de vue à la fois des inégalités et des légitimités.