Hugo à la rencontre de Rabelais : l’esprit carnavalesque dans Attentat d’Amélie Nothomb
Dès le premier paragraphe d’Attentat, Amélie Nothomb fournit l’intertexte le plus important de son roman, qui raconte l’histoire d’un homme laid s’étant épris d’une belle femme : Notre-Dame de Paris de Victor Hugo. La réécriture du texte hugolien s’effectue ici sous l’égide de ce que Mikhaïl Bakhtine nomme l’esprit carnavalesque, et doit ainsi beaucoup à un autre antécédent littéraire : l’oeuvre de François Rabelais. Dans la présente étude, qui s’inspire aussi des travaux de Linda Hutcheon sur la parodie, nous analysons le lien entre la réécriture, le postmodernisme et le carnaval, avant de passer à une analyse des éléments carnavalesques dans Attentat. De plus, nous étudions la façon dont Hugo, dans William Shakespeare, interprète le carnaval rabelaisien. Les commentaires de Bakhtine à ce sujet permettent de réévaluer les réactions critiques à l’égard d’Attentat. La plupart des critiques ont tendance à souligner le côté destructif de la réécriture nothombienne de texte connus, y voyant l’anéantissement de la tradition littéraire. Cependant, même si la parodie brise les conventions de la bienséance des romans « classiques » et nous encourage à réévaluer des textes bien connus, il est aussi vrai qu’elle les réactive en tant que modèles génériques qui déterminent toujours l’horizon d’attente lors de la lecture. C’est ainsi que, loin de signer la mort du roman, le style tout à fait rabelaisien de l’oeuvre postmoderne de Nothomb signale plutôt sa « renaissance ».