Mobilité psychique et douleur chronique : étude phénoménologique du vécu de 14 personnes souffrant de douleur chronique

2019 ◽  
Vol 32 (3) ◽  
pp. 165-170
Author(s):  
A. Bioy ◽  
B. Lionet

La douleur chronique atteint le sujet dans sa globalité. Par le passé, les études en psychologie se sont principalement intéressées aux facteurs de vulnérabilité : les facteurs individuels, les facteurs psychopathologiques et les facteurs émotionnels. Dorénavant, la recherche s’intéresse aux aspects protecteurs en tant qu’alternatives aux effets délétères de la douleur chronique. Nous présentons ici les résultats de notre étude sur la notion de mobilité psychique. Nous envisageons la mobilité psychique comme un mouvement du côté du sujet défini comme sa capacité à bouger dans ses représentations, ses investissements et son rapport à la douleur. La méthode est celle d’une recherche non interventionnelle portant sur le vécu de 14 personnes atteintes de douleur chronique. Deux entretiens de recherche sont réalisés à deux mois d’intervalle en amont de la prise en charge par une équipe douleur. Les données d’entretien sont exploitées en utilisant l’Interpretative Phenomenological Analysis. La structuration de la relation d’objet est appréciée à travers la Social Cognition Object Relation Scale. Le vécu de la douleur est évalué à l’ENS et à l’EVA. Les résultats montrent que l’impact délétère de la douleur chronique domine l’expression du vécu spontané. La mobilité psychique est malgré tout présente chez la majorité des répondants. Deux voies sont repérables. Elles passent toutes les deux par la demande de soin et l’investissement actif dans les soins. La première voie « identitaire » se poursuit à travers la capacité à se représenter dans l’avenir et à intégrer son identité de douloureux chronique. La seconde voie est celle de l’incertitude. Elle concerne le fait de ne plus chercher à contrôler systématiquement sa douleur pour faire face à l’incertitude et à l’angoisse qu’elle génère. La qualité de structuration de la relation d’objet est globalement corrélée avec la mobilité psychique, mais elle n’est pas une condition suffisante. L’absence de mobilité psychique est effectivement liée à un vécu d’aggravation des pics douloureux évalués à l’EVA. La prise en compte de la mobilité psychique est une dimension pertinente pour les psychologues exerçants en équipe douleur. Elle peut être intégrée à leur évaluation et constituer un levier intéressant dans le cadre des psychothérapies.

2020 ◽  
Author(s):  
K. Benistan ◽  
S. Dugué

L’hypermobilité articulaire généralisée est fréquente en population pédiatrique et diminue avec l’âge. Les étiologies peuvent être variables. L’hypermobilité favorise des traumatismes orthopédiques répétés, responsables de douleurs intenses, dont la répétition fait le lit du syndrome douloureux chronique. La douleur est un symptôme cardinal du syndrome d’Ehlers-Danlos hypermobile (SEDh). De nouveaux critères internationaux élaborés par un consortium d’experts en 2017 permettent de mieux distinguer les patients ayant un SEDh des patients présentant un désordre du spectre de l’hypermobilité. La prise en charge de ces patients doit être multidisciplinaire et globale, selon le modèle biopsychosocial, associant au médecin traitant une structure de prise en charge de la douleur chronique pédiatrique et un centre de référence ou de compétence des SED non vasculaires. Dans ce sens, un protocole national de diagnostic et de soins a été récemment publié.


2020 ◽  
Vol 33 (1) ◽  
pp. 19-23
Author(s):  
B. Leroy ◽  
C. Demoulin

La douleur chronique touche 20 % des Européens. Une prise en charge interdisciplinaire apparaît nécessaire en raison des facteurs cognitifs et affectivomotivationnels qui deviennent prédominants sur les facteurs sensoridiscriminatifs. Dans les programmes de gestion de la douleur, différentes disciplines interagissent de façon à aider le patient à atteindre un objectif fonctionnel qu’il s’est fixé. Le patient sera encouragé à faire des activités en dehors du centre afin de rendre pérenne son changement de comportement.


2019 ◽  
Vol 32 (2) ◽  
pp. 87-94
Author(s):  
G. Mick ◽  
D. Gillet ◽  
S. Heritier ◽  
C. Garcia-Porra ◽  
E. Bochet

Du fait de l’augmentation du nombre de prescription de prégabaline dans le domaine de la douleur chronique et de cas relevés de mésusage récréatif ou toxicomaniaque avec ce médicament dans le monde, dans le contexte de la crise sanitaire en cours avec l’usage des opioïdes aux États-Unis, la crainte d’un risque addictif directement lié à l’usage de cette molécule a incité les autorités de divers pays à une surveillance accrue. Les recueils effectués par les centres de pharmacovigilance concernant la prégabaline relevant avant tout les situations considérées comme anormales, la description de l’usage de cette molécule au quotidien par un ensemble de prescripteurs et d’utilisateurs durant une période prolongée reflète mieux les conditions naturelles d’emploi de cette molécule et permet d’identifier les divers types de comportements des professionnels et usagers de santé à son égard. Une analyse rétrospective des dossiers de patients utilisateurs de prégabaline reçus et suivis dans une structure d’évaluation et prise en charge de la douleur pendant six ans a été réalisée, comprenant des données précises concernant les conditions d’usage et les effets du médicament. Les données issues de la littérature internationale et celles issues de l’étude montrent que le risque de mésusage et addictif est faible dans un contexte de prescription antalgique et de suivi médical adéquat, alors qu’il est élevé et directement lié à un mésusage de type récréatif ou toxicomaniaque en association avec les opioïdes ou l’alcool, en particulier dans la population jeune et en dehors du milieu des soins. Des recommandations d’usage de la prégabaline sont proposées aux professionnels afin de rappeler ces facteurs de risque.


Soins ◽  
2017 ◽  
Vol 62 (815) ◽  
pp. 38-40
Author(s):  
Christine Berlemont

2012 ◽  
Vol 4 (1) ◽  
pp. 76-124
Author(s):  
Michael Kimmel

Abstract The article explores the prerequisites of embodied ‘conversations’ in the improvisational pair dance tango argentino. Tango has been characterized as a dialog of two bodies. Using first- and second-person phenomenological methods, I investigate the skills that enable two dancers to move as a super-individual ensemble, to communicate without time lag, and to feel the partner’s intention at every moment. How can two persons - walking in opposite directions and with partly different knowledge - remain in contact throughout, when every moment can be an invention? I analyze these feats through the lens of image schemas such as BALANCE, FORCE, PATH, and UP-DOWN (Johnson 1987). Technique-related discourse - with its use of didactic metaphor - abounds with image-schematic vectors, geometries, and construal operations like profiling. These enable the tango process: from posture, via walking technique and kinetics, to attention and contact skills. Dancers who organize their muscles efficiently - e.g., through core tension - and who respect postural ‘grammar’ - e.g., a good axis - enable embodied dialog by being receptive to their partners and being manoeuvrable. Super-individual imagery that defines ‘good’ states for a couple to stick to, along with relational attention management and kinetic calibration of joint walking, turns the dyad into a single action unit. My further objective is a micro-phenomenological analysis of joint improvisation. This requires a theory to explain dynamic sensing, the combining of repertory knowledge with this, and the managing of both in small increments. Dancers strategically sense action affordances (Gibson 1979) or recognize and exploit them on the fly. Dynamic routines allow them to negotiate workable configurations step-wise, assisted by their knowledge of node points where the elements of tango are most naturally connected and re-routed. The paper closes with general lessons to learn from these highly structured and embodied improvisational skills, especially regarding certain blind spots in current social cognition theory.


2021 ◽  
Author(s):  
V. Barfety-Servignat ◽  
A. Sallet

Comme tout médicament, la kétamine a une action sur les plans sensoriel et psychique chez tout sujet. Que vivent et que nous rapportent les patients sous kétamine de leurs sensations et plus généralement de la sensorialité sous kétamine ? Il s’agit dans cet article de questionner ce qui se passe pour nos patients qui font l’expérience de la kétamine dans la prise en charge des douleurs chroniques et de le mettre en perspective avec la clinique psychopathologique du trauma et de la douleur chronique. Il convient de nous interroger sur la fonction que vient tenir, pour le patient, la demande de kétamine et celle que tient, pour le prescripteur, la proposition d’un tel traitement quand cela fait courir le risque de venir geler un travail d’appropriation d’un corps vécu et capable d’agir sur le monde.


2006 ◽  
Vol 7 ◽  
pp. 133
Author(s):  
C. Garin ◽  
K. Gastineau ◽  
F. Goblet Legendre ◽  
C. Maindet Dominici ◽  
S. Pons de Vincent

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