Mobilité psychique et douleur chronique : étude phénoménologique du vécu de 14 personnes souffrant de douleur chronique
La douleur chronique atteint le sujet dans sa globalité. Par le passé, les études en psychologie se sont principalement intéressées aux facteurs de vulnérabilité : les facteurs individuels, les facteurs psychopathologiques et les facteurs émotionnels. Dorénavant, la recherche s’intéresse aux aspects protecteurs en tant qu’alternatives aux effets délétères de la douleur chronique. Nous présentons ici les résultats de notre étude sur la notion de mobilité psychique. Nous envisageons la mobilité psychique comme un mouvement du côté du sujet défini comme sa capacité à bouger dans ses représentations, ses investissements et son rapport à la douleur. La méthode est celle d’une recherche non interventionnelle portant sur le vécu de 14 personnes atteintes de douleur chronique. Deux entretiens de recherche sont réalisés à deux mois d’intervalle en amont de la prise en charge par une équipe douleur. Les données d’entretien sont exploitées en utilisant l’Interpretative Phenomenological Analysis. La structuration de la relation d’objet est appréciée à travers la Social Cognition Object Relation Scale. Le vécu de la douleur est évalué à l’ENS et à l’EVA. Les résultats montrent que l’impact délétère de la douleur chronique domine l’expression du vécu spontané. La mobilité psychique est malgré tout présente chez la majorité des répondants. Deux voies sont repérables. Elles passent toutes les deux par la demande de soin et l’investissement actif dans les soins. La première voie « identitaire » se poursuit à travers la capacité à se représenter dans l’avenir et à intégrer son identité de douloureux chronique. La seconde voie est celle de l’incertitude. Elle concerne le fait de ne plus chercher à contrôler systématiquement sa douleur pour faire face à l’incertitude et à l’angoisse qu’elle génère. La qualité de structuration de la relation d’objet est globalement corrélée avec la mobilité psychique, mais elle n’est pas une condition suffisante. L’absence de mobilité psychique est effectivement liée à un vécu d’aggravation des pics douloureux évalués à l’EVA. La prise en compte de la mobilité psychique est une dimension pertinente pour les psychologues exerçants en équipe douleur. Elle peut être intégrée à leur évaluation et constituer un levier intéressant dans le cadre des psychothérapies.