scholarly journals Commerce et développement de l’élevage laitier en Afrique de l’Ouest : une synthèse

Author(s):  
Guillaume Duteurtre

Depuis 30 ans, le développement des industries laitières urbaines a bouleversé l’organisation du commerce des produits laitiers en Afrique de l’Ouest. Répondant à une demande urbaine en forte croissance, elles ont suscité la croissance rapide des importations de poudre de lait bon marché. Pourtant, l’élevage laitier local a connu depuis 15 ans d’importantes transformations qui remettent en cause ce modèle industriel « déconnecté » de la production locale. Les mutations de l’élevage laitier ouest africain sont liées à l’apparition, à la fin des années 1990, de minilaiteries artisanales et industrielles tournées vers la collecte de lait local. Pour répondre à ces nouveaux débouchés, les systèmes d’élevage paysans (pasteurs, agropasteurs ou agroéleveurs) se sont engagés dans des systèmes laitiers semi-intensifs basés sur la complémentation alimentaire des vaches laitières. Parallèlement, un nombre croissant d’étables urbaines et de fermes laitières se sont développées à proximité des centres urbains, sur des modèles parfois plus intensifs. Face à la concurrence de la poudre de lait importée, ces nouveaux acteurs des filières laitières se sont positionnés sur des segments de marchés valorisant l’origine locale des produits. La constitution de ces nouveaux circuits de collecte et de transformation entraîne progressivement des évolutions dans les politiques de développement laitier. De nouveaux modes de régulation des échanges apparaissent, encouragés par la mise en place d’instances de concertation entre l’Etat et les acteurs privés. Ces nouvelles options concernent la remise en cause progressive des politiques d’ouverture des marchés, la promotion de modèles techniques d’élevage moins coûteux en intrants, et la mise en place de dispositifs participatifs de gestion de la qualité des produits au sein des filières.

Author(s):  
M. Schneider ◽  
H. Kouyaté ◽  
G Fokou ◽  
Jakob Zinsstag ◽  
A. Traoré ◽  
...  

En Afrique de l’Ouest, les nouveaux modèles de collecte du lait par des unités de transformation sont le reflet des innovations technologiques et institutionnelles promues par les politiques et les projets de développement de la filière. Or, la création des centres de collecte, des minilaiteries ou d’industries laitières bouleverse l’organisation sociale traditionnelle du système laitier et contribue à une déféminisation de la filière. Certaines femmes sont dépossédées de l’activité de collecte - commercialisation et de la gestion des revenus du lait au profit des bergers ou propriétaires hommes. Ce processus est ainsi susceptible de contribuer à la perte de leur autonomie financière. Une étude de cas menée au Mali auprès de trois femmes - transformatrices, exerçant autour de la minilaiterie de Kasséla à 40 kilomètres de Bamako, a permis d’apporter un éclairage à ces évolutions. A partir de questionnaires et d’entretiens semi-structurés, l’étude a permis de mesurer le degré d’adaptation des femmes dans cette dynamique de transformation de la filière laitière locale. Face à l’émergence d’une minilaiterie gérée par les hommes, elles ont initié plusieurs mécanismes de résilience. Cela passait par l’incorporation de la poudre de lait importé, la diversification des produits qu’elles mettaient sur le marché et la fidélisation de la clientèle. Ces stratégies leur ont permis de sécuriser leurs moyens d’existence malgré la prise des parts de marché par les laiteries. Avec des techniques artisanales, chacune d’elles transformaient en moyenne 468 litres de lait par jour, soit le tiers de la production totale de la laiterie de Kasséla, avec un rapport avantage sur coût supérieur à 20 p. 100. Aujourd’hui, les projets de développement laitier tendent de plus en plus à discuter des implications sociales des innovations qu’ils proposent.


2020 ◽  
Vol 33 (2) ◽  
pp. 125-140
Author(s):  
Vincent CHATELLIER

Le secteur laitier mondial connaît un développement soutenu en raison de l’augmentation des besoins en produits laitiers d’une population en croissance et d’un changement progressif des régimes alimentaires. Cet article s’intéresse à la place des pays de l’Afrique de l’Ouest dans la « planète laitière ». L’analyse mobilise pour ce faire, d’une part, les données statistiques de la FAO sur une longue période (1961 à 2017) et, d’autre part, les statistiques des douanes de 2000 à 2018 pour les données mondiales (base de données « BACI ») et de 2000 à 2019 pour les données européennes (base de données « COMEXT »). Si la consommation de produits laitiers par habitant et par an est encore faible dans de nombreux pays de l’Afrique de l’Ouest, comparativement aux pays industrialisés, les besoins globaux en produits laitiers augmentent rapidement sous l’effet de la croissance démographique. En raison de nombreuses difficultés (climat, qualité des sols, faible productivité des animaux, manque d’investissement...), le développement de la production laitière en Afrique de l’Ouest (5,8 milliards de litres en 2017 pour seize pays, soit l’équivalent de la production de la Bretagne) n’est pas suffisant pour faire face aux besoins locaux. Les importations de cette zone en produits laitiers se font pour un peu plus des deux tiers en provenance de l’UE, dont les exportations ont fortement augmenté depuis une dizaine d’années (fin des quotas de production). Ces importations concernent à 40 % des mélanges de lait écrémé et de matière grasse végétale en poudre (à base d’huile de palme), un produit qui bénéficie d’un prix compétitif et qui n’est que très faiblement taxé à l’entrée dans les pays de l’Afrique de l’Ouest.


Author(s):  
F. Sow Dia ◽  
J. Somda ◽  
Mulumba Kamuanga

Au Sénégal, comme dans beaucoup de pays de l’Afrique de l’Ouest, le poids des importations de lait et de produits laitiers dans la balance commerciale a fini par faire de l’amélioration de la production laitière locale une priorité. Dans cette perspective, un programme d’insémination artificielle a été lancé en 1994 au Sénégal. Cette étude, initiée dans le cadre du Programme concerté de recherche-développement sur l’élevage en Afrique de l’Ouest (Procordel), a eu pour objectif de mieux comprendre la filière dans le bassin arachidier du Sénégal. Les données ont été collectées auprès de 96 éleveurs, 50 commerçants en produits laitiers et 120 consommateurs, repartis dans les régions de Kaolack et de Fatick. Les résultats ont montré que les modes de production animale tendaient vers l’intensification, avec une réduction des effectifs du fait de la restriction de l’espace pastoral. Dans les deux régions de l’étude, la production laitière des métisses a atteint en moyenne 5,6 L/vache/jour. L’alimentation a été identifiée comme la principale contrainte à la production chez les agroéleveurs, surtout en saison sèche. Le système de commercialisation était caractérisé par un circuit très court. Cette commercialisation était assurée par les femmes qui faisaient face à des contraintes importantes liées à l’insuffisance de l’offre de lait et le manque fréquent de moyens de transport, en particulier dans les zones enclavées. En plus de la faiblesse de l’offre, une quasi- absence d’unités de transformation et de valorisation des produits laitiers dans la région a été observée. A cela s’ajoutait le manque de performance des organisations de producteurs intervenant dans la filière. La demande en produits laitiers devenait cependant de plus en plus importante et diversifiée avec le développement des importations. Elle était corrélée aux niveaux de revenus et aux préférences ou habitudes alimentaire des consommateurs


2010 ◽  
pp. 114-119
Author(s):  
Thierry Pellarin ◽  
Truong Tran ◽  
Jean-Paul Laurent ◽  
Théo Vischel

1969 ◽  
Vol 62 (1) ◽  
pp. 139-150
Author(s):  
Julien Bondaz

Comparer la divination par la souris pratiquée au Burkina Faso et les pratiques de dératisation observées au Mali revient à mettre en évidence une même logique de pistage. Dans les deux cas, il s’agit d’expliciter le désordre des choses et les afflictions concernant les humains afin de leur trouver un remède. La comparaison entre les activités du devin spécialiste de myomancie et celle du dératiseur invite alors à interroger les rapports entre pistage cynégétique et procédé divinatoire, mais aussi, plus largement, entre paradigme indiciaire et démarche scientifique. Basé sur une description de la divination par la souris à partir de données tirées de la bibliographie et sur les résultats d’une enquête ethnographique sur les interactions entre humains et rongeurs à Bamako (Mali), cet article oriente ainsi la réflexion non seulement vers la classification des rongeurs, les formes de commensalité ou les techniques de piégeage, mais aussi vers l’interprétation des traces comme activité commune aux devins, aux dératiseurs et aux chercheurs.


2009 ◽  
Vol 19 (3) ◽  
pp. 351-372 ◽  
Author(s):  
Françoise Gourmelon ◽  
Jade Georis-Creuseveau ◽  
Mathias Rouan ◽  
Souadou N'Diaye

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